The wave

The Wave (la vague) est une formation géologique dont la splendeur fait la renommée des déserts sauvages du nord de l’Arizona. Elle témoigne comme nulle autre de la puissance de la nature et du temps.

Il y a 150 millions d’années, la cadence des marées et courants tourbillonnants du grand océan primordial a façonné ces énormes et gracieux murs de grès de Navajo. Ce sont les forces de la nature qui, dans la ténacité de leur mouvement perpétuel, ont sculpté ce mégalithe, au fil des âges, un grain à la fois. Cette structure en roc massif a pris forme grâce aux forces persistantes de la nature en mouvement. Cette nature, comme en témoigne The Wave, nous apprend qu’avec le temps, elle peut créer des merveilles.

Cette pensée hantait mon esprit alors que nous parcourions les six kilomètres de plateau désertique roussi qui mènent à The Wave. Je ne dirais pas que c’était la plus facile des ascensions, mais elle était très certainement la bienvenue! Ma copine Laysea et moi nous réjouissions de pouvoir nous dégourdir les jambes après de longues journées à rouler vers l’Est – notre premier grand road trip en tant que couple.

Deux semaines plus tôt, j’avais pris la décision de quitter ma vie confortable, encore, et de paqueter l’entièreté de mon existence dans une vieille caravane, encore, pour aller vivre en nomade, encore. La première fois que j’ai fait le grand saut, j’avais fini par vivre deux ans seul sur la route; assurément les deux années les plus formatrices de ma vie, avant d’éprouver le besoin de ralentir et de me caser un peu. Quand j’y pense, je n’ai jamais eu l’impression que de se caser revenait au même que de ralentir. Le rythme effréné de la ville me donnait le sentiment de nager à contre-courant. Il n’en fallait pas plus pour que le désir insatiable de retourner vivre sur la route, en toute liberté, se refasse sentir; mais cette fois-ci, ce serait en compagnie d’une complice, quelqu’un qui partage la piqûre du voyage et la soif de vivre qui m’habitent. Notre traversée du pays nous mènerait d’ouest en est, jusqu’à la Floride, où vit sa famille.

Il faisait froid, le jour où nous avons marché jusqu’à The Wave. Les vents et les pluies de la veille avaient fait place à un ciel bleu et ensoleillé. Afin d’assurer la protection de cette merveille naturelle, un permis spécial est requis pour s’y rendre. Il peut être difficile à obtenir, mais sans lui, les randonneurs s’exposent à des sanctions sévères. Et il n’y a pas de véritable sentier menant à The Wave, mais les rangers du bureau des permis vous indiqueront le chemin à coups d’expressions vagues du genre « tournez à droite après le gros rocher », ce qui ajoute à l’aventure, selon moi.

Fossile du temps
Se tenir debout entre les murs de pierre voûtés de The Wave est une expérience sans égal. Les murs vous entourent, vous entraînent comme si les eaux ayant submergé l’endroit jadis revenaient à la charge juste pour vous saluer. On peut presque ressentir l’énergie qui arpente les immenses murs autour de soi. J’étais subjugué par la force brute qui émanait du roc, par la grâce sauvage de la nature, fossilisée par le temps. Mes doigts parcouraient les murs de grès, explorant leurs textures, admirant à la fois leur force et leur délicatesse. Il y avait une fragilité en cet instant. En ces lieux. En moi. Tôt ou tard, tout ça redeviendra poussière.

Les forces à l’origine de The Wave et de nos vies paraissent bien faibles lorsqu’on les mesure en jours. La nature semble tranquille au premier coup d’œil, mais donnez-lui du temps, laissez l’énergie circuler librement, et de l’univers naîtront monts et merveilles.



Texte et photos : Michael Weybret

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