Étiquette : Valeria Bismar

Guillaume de l’Isle

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Texte: Marie des Neiges Magnan
Photos: Valeria Bismar

À Montréal, nous sommes très chanceux en ce qui concerne la gastronomie. On retrouve d’excellents chefs et des restaurants fabuleux qui nous attirent même les regards d’ailleurs. Cet intérêt pour la bonne bouffe se voit aussi dans nos foyers. Depuis les dernières années les émissions de cuisine, les blogues, les magazines et les livres de recettes se multiplient. Les gens cultivent de plus en plus le désir de cuisiner, de recevoir à la maison et d’exceller en la matière. Cette quête de perfectionnement passe nécessairement par une attention particulière aux outils de travail. L’intérêt pour les couteaux de qualité s’est donc vu grandir à Montréal, que ce soit de la part des cuisiniers du dimanche, des foodies ou des chefs.

Guillaume L’émouleur 
En matière de couteaux, Guillaume de L’Isle est devenu la référence à Montréal. Il est arrivé à point nommé dans un marché grandissant où il s’est taillé une place de choix. Sa boutique de couteaux, L’Émouleur, a maintenant pignon sur rue depuis 6 ans. Pourtant, on pourrait dire que c’est le hasard qui l’a mené là. Cherchant un gagne-pain d’étudiant, Guillaume s’est mis à vendre des couteaux. Ses études en microbiologie terminées, il ne se voyait pas passer sa vie dans un laboratoire. Il avait envie de trouver un emploi qui le passionnerait et la fibre entrepreneuriale avait toujours été présente en lui.

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Comme son emploi d’étudiant lui avait permis de prendre connaissance du marché du couteau haut de gamme, l’idée lui est venue d’avoir sa propre entreprise dans le domaine.

La réputation de la qualité des couteaux japonais bourdonnait de plus en plus à ses oreilles et en entrant en contact avec les chefs des restaurants, la demande se concrétisait davantage. Voulant offrir les meilleurs couteaux à ses clients, l’importation du Japon est devenue la solution, et c’est ainsi que son entreprise est née. Selon lui, il n’existe pas de couteaux de meilleure qualité que ceux-ci, forgés et aiguisés à la main. Pour débuter dans le domaine, Guillaume a décidé de se fier à l’opinion des chefs. Il leur a fait essayer plusieurs couteaux et a pris bonne note de leurs commentaires. Selon lui, ce qui est bon pour un professionnel l’est tout autant pour un amateur. L’Émouleur s’en tient à l’essentiel, la qualité la plus importante d’un couteau demeure le fait qu’il soit tranchant, c’est aussi simple que ça. De fil en aiguille, son expertise s’est affûtée à force de poser des questions tant aux chefs qu’aux fabricants. Le couteau semble être dorénavant un objet dont il connaît tous les secrets.

Quelques années plus tard, il a maintenant une quinzaine de fournisseurs avec qui il a fait connaissance lors de ses multiples voyages au Japon. Il a d’ailleurs été frappé par leur courtoisie ainsi que par l’acharnement et la précision qu’ils mettent au travail.

Les couteaux, des pièce de collection 
Les couteaux, il les voit comme des oeuvres d’art. Les artisans mettent plusieurs mois, voire plusieurs années à les fabriquer. C’est pourquoi ce n’est pas qu’une boutique qu’il tient, mais une collection précieuse de couteaux. L’Émouleur semble leur accorder toute l’importance qu’ils méritent. Dans son petit local de la rue Laurier, les couteaux sont accrochés au mur dans un présentoir qui leur donne toute leur prestance.

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Chaque couteau est unique. Ils sont faits à la main spécifiquement pour L’Émouleur avec des matériaux de grande qualité. Les manches sont faits, entre autres, de corne de buffle, d’ivoire de mammouth, d’ébène et de turquoise. Il lui arrive même de codesigner certaines pièces. Pour ce qui est de la fabrication, c’est très long. Le processus s’amorce avec un lingot d’acier qui doit être étendu, martelé, aplati et forgé à la main. La finition et l’aiguisage sont très importants et c’est ce qui fait la qualité tranchante. Finalement, le look du couteau demeure purement esthétique : un fini d’acier plié, martelé ou rustique. Il s’empresse de dire que c’est la lame centrale le plus important et qu’il en fait certainement part à ses clients. Le tranchant résulte de la finesse de cette lame. Le design reste secondaire, l’important pour lui est que son client soit satisfait de son utilisation. Il n’y a pas à dire, autant ses couteaux sont des oeuvres d’art et des pièces de collection, il n’en demeure pas moins que Guillaume ne priorisera rien d’autre que l’efficacité et la qualité du couteau. Comme à ses clients, il a pris le temps de nous montrer la différence entre un bon et un excellent couteau. Le son à peine perceptible à la coupe, la finesse des tranches, la minceur de la lame et finalement, la qualité de la coupe. Il nous fallait pas plus d’un morceau de carotte pour nous convaincre!

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Un travail de coeur
Ce désir d’offrir le meilleur, on le sent dans toute son entreprise. Il préfère, dit-il, bâtir une petite entreprise d’exception plutôt que l’inverse. Sa compagnie grandit constamment, mais elle est limitée par le temps que prend la confection d’un couteau, et c’est de cette façon que Guillaume aime sa business. Il préfère tout faire lui-même afin de contrôler la qualité : de l’accueil des clients jusqu’à l’entretien et l’aiguisage des couteaux, en passant par le choix des pièces. Pour lui, il est important de prendre le temps de recevoir ses clients, de leur montrer et de leur faire essayer les couteaux. Après tout, cet outil de travail peut durer toute une vie. Il faut aiguiser ceux-ci à peu près une fois par année, un service qu’il offre à ses clients pour s’assurer que ce soit bien fait.

On a vite compris comment Guillaume est devenu la référence en matière de couteau haut de gamme à Montréal. D’une part, il est le seul à importer et tenir des couteaux de si grande qualité et d’autre part, il prône l’excellence et la rigueur, deux valeurs qui le définissent aussi très bien en tant qu’individu.

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L’ÉMOULEUR
1081, avenue Laurier Ouest
Montréal, Québec
H2V 2L2
514. 813. 3135
guillaume.delisle@gmail.com

Anne Dardick de Dot & Lil

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Texte : Marie-Philippe Jean
Photos : Valeria Bismar

L’édifice de la rue Fullum, à Montréal, accueillant le magasin d’exposition et l’atelier de fabrication de Dot & Lil ressemble à tous les autres espaces industriels du quartier — de la brique, des escaliers de fer, et à l’intérieur, de larges couloirs gris et une longue série de portes numérotées. Mais derrière la porte 208, un autre monde, celui d’Anne Dardick, cerveau de Dot & Lil. Les époques s’y confondent et on remarque au premier coup d’oeil que chaque coin de l’espace a été réfléchi et soigneusement décoré pour s’harmoniser aux objets qu’il présente — des tasses-bougies, des savons, des huiles… Ici, on imagine et fabrique à la main des produits pour le corps, le bain et la maison.
« Café, thé? Aimerais-tu choisir ta tasse? »

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Chaussée de ballerines et faisant valser sa grande chevelure, Anne est l’incarnation de son lieu — délicate, chaleureuse, dont la beauté rappelle celle des stars hollywoodiennes d’une autre ère. D’ailleurs, l’origine du nom Dot & Lil provient de Dorothy et Lillian Gish, deux soeurs actrices qui ont connu la célébrité au temps du cinéma muet.

Anne est aujourd’hui une prolifique entrepreneure de 28 ans dont les produits sont appréciés partout au pays et aux États-Unis, mais ce n’est pas ce qui était écrit sur le plan initial…

C’est en se retrouvant sans emploi en 2008 qu’elle et sa soeur se lancent dans le projet de produire des baumes à lèvres avec quelques ingrédients maison. Le « fait-maison » ça les connaît — « Ma mère faisait ses propres cornichons! » Dans la maison victorienne du Plateau-Mont-Royal où elle a grandi, on cultivait une passion pour le vintage, et tout ce qui se retrouvait sur la table avait été cuisiné de A à Z.

Anne porte un souvenir très clair de la première fois où elle a goûté du macaroni au fromage du commerce, à 9 ans, chez la voisine — « Je trouvais que c’était la meilleure chose au monde parce que je n’avais jamais goûté à un mets transformé! » Évidemment, ce goût pour le contenu de la boîte de carton fût assez éphémère et la tradition de « faire soi-même » se transmit naturellement de mère en fille — après les baumes à lèvres, les savons… Rapidement, le petit projet des soeurs Dardick prend de l’expansion, surtout dans le coeur d’Anne qui soudainement ne se voit plus faire autre chose que de faire croître la petite compagnie.

Quelque temps plus tard, sa soeur déménagea à Los Angeles, continuant de la soutenir à distance jusqu’à doucement lui laisser reprendre la gestion complète de Dot & Lil. À l’époque, la vague de petites entreprises artisanales montréalaises n’en était qu’à ses débuts — le geste était risqué, le saut était épeurant, mais c’est la passion qui l’emporta et mena Anne à embrasser le rôle de chef d’entreprise.

Maintenant entourée d’une équipe de quatre personnes, dont son amie Doriane, à ses côtés depuis le secondaire, Anne peut davantage se concentrer à l’élaboration de nouveaux produits. Si les artistes ont un sens de l’observation aiguisé, elle a également dû développer son odorat pour faire naître des mélanges olfactifs aussi enivrants qu’authentiques.

On associe souvent de façon naturelle des odeurs à des moments, comme tout ici marie le passé et le présent, est-ce que des souvenirs forts guident ta création?

« Absolument. La description associée au savon Orange sanguine a fait pleurer ma mère. Sa famille est italienne, et son père est venu au Canada alors qu’il avait peut-être 20 ans. Si aujourd’hui on importe beaucoup de fruits et de légumes, ce n’était pas le cas à l’époque. Des oranges sanguines, ça n’existait pas ici, mais toute son enfance ma mère a entendu l’histoire des oranges sanguines et de leur couleur provenant du village où mon grand-père avait grandi. Plus tard, ils en ont trouvé, et mon grand-père a réuni toute la famille pour en faire la dégustation… Ma mère a beaucoup aimé que cette histoire m’inspire un produit. »

Je me suis fait prendre au jeu en posant mon nez sur le lait pour le bain Avoine et miel. Des frissons m’ont parcouru le corps : « Ça sent mon enfance…Mais je n’arrive pas à identifier le souvenir… » Anne m’explique que ça émane probablement des subtiles notes d’amande. « C’est ça! Les croissants aux amandes le samedi après-midi! »
Prends-tu des notes de certaines odeurs
parfois?

« Oui! Il y a un quartier à Los Angeles qui sent toujours la même chose, ça fait trois ans que je tente de le décrire, je n’y arrive pas encore et je trouve ça très frustrant! Je crois que c’est un arbre, ou une boutique qui porte une odeur particulière… J’ai tout de même créé une fragrance inspirée de cette ville, ça sent le jasmin la nuit, alors j’en ai incorporé beaucoup. Les voyages et mes expériences personnelles m’influencent… »

L’hiver québécois, qu’est-ce qu’il t’inspire?
« Je ne suis pas amatrice de sports extérieurs… Je trouve ça dommage, ça nous permet d’apprécier l’hiver québécois! Mais il y a aussi tout un aspect cocooning, réconfort, à l’hiver que je trouve superbe. Être chez moi et recevoir, je trouve ça très important. Et il n’y a pas de meilleur endroit qu’à la maison pour faire le plein d’énergie. »

Les grands froids encouragent aussi la redécouverte de l’art du bain, hautement maîtrisé par Anne qui rehausse cette indulgence en opacifiant son eau d’un lait de bain comme le ferait Cléopâtre, de bougies aux odeurs harmonieuses, et d’un verre de vin, parce que pourquoi pas. Prendre soin de soi, c’est prendre soin des autres. À deux portes du magasin d’exposition se trouve l’atelier, où tout est assemblé et emballé. Sur la table près des fenêtres, une sélection de tasses vintage dont la plupart ont été choisies par la mère d’Anne est exposée. Notre hôtesse enfile un tablier, noue ses cheveux et embaume la pièce d’une indéniable odeur de lilas en faisant réchauffer cire et huiles essentielles pour les verser dans les tasses qui se transforment en bougies sous nos yeux. Son sourire nous laisse deviner qu’elle a un faible pour ce produit.

 

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Au moment de partir et de refermer la porte derrière moi, j’ai cru pendant un court instant que tout cet univers tenait de l’imaginaire, comme un rêve. Mais Anne est bien réelle, à notre plus grand bonheur.

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