Étiquette : Thierry Lacasse

Trip de bouffe

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À onze heures du matin, derrière le comptoir de Trip de bouffe, deux employées s’affairent. La musique emplit l’espace, des clients de tous âges entrent et sortent, ça sourit, ça parle taboulé et moudardara. Sorti du sous-sol où il prépare les plats de cette institution montréalaise en devenir, Richy Farkas apparaît en premier, un filet sur la tête et un autre sur sa barbe fournie qui ajoute mille points de sympathie au personnage. Le temps de prendre un excellent café et Georges Medlej arrive, carrure aussi large et massive que son sourire. Au passage, il ne peut s’empêcher de retoucher à la disposition des salades en libre service, s’excusant par la suite de ses réflexes perfectionnistes. La complicité et la complémentarité des deux associés sautent aux yeux instantanément. On prend le temps de discuter avant que le rush de midi ne commence.

Comment a démarré, pour vous, l’aventure Trip de bouffe?
Georges : On a quitté le West Island, Richy et moi, dans les années 2004-2005 et on s’est installés sur le Plateau. On a toujours travaillé ensemble, d’abord dans la musique, et puis on a géré un centre d’exposition. Bref, notre contrat s’est terminé, on s’est regardés et on s’est dit « On se cherche-tu une job? » (rires) Puis Richy a suggéré qu’on s’en crée une et moi je lui ai dit : « j’ai une p’tite idée! » Ça me trottait dans la tête, mes parents ont toujours été dans la bouffe, j’ai grandi là-dedans. J’sentais que ça pouvait marcher.

Richy : On fait partie de cette petite gang-là qui fait des affaires maison, à sa façon. C’est familial, c’est relax!

G : En plein coeur de Montréal, la bouffe libanaise maison n’était pas offerte. Rich’ trouvait que c’était une bonne idée sauf qu’on avait juste de l’expérience dans le service à la clientèle, pas dans la préparation de bouffe. C’est là qu’on a approché mon père, qui est le directeur de la cuisine et qui a toujours été dans l’alimentation et l’entrepreneuriat. On lui a proposé un dernier projet avant sa retraite et ça lui tentait d’embarquer. C’est pour ça que c’est notre petite entreprise familiale, mes parents, mes meilleurs amis, moi…

R : Toute l’équipe est comme une petite famille!

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Le staff c’est important pour vous?
R : Une des affaires qui me touche le plus, c’est quand je me promène dans la ville et que je rencontre des clients réguliers qui me parlent de notre staff, de comment ils sont éblouis par notre service, j’suis touché chaque fois.

G : À cause de notre formule pas commune, sans menu affiché, le lien direct avec le personnel de service est obligatoire. Ils (les employés) doivent expliquer comment on fonctionne, il faut expliquer ce qu’il y a dans les plats. Les employés vont suggérer leurs préférences. On leur dit « ne soit pas un vendeur, soit un conseiller. » Est-ce que c’est juste le papa qui cuisine ou
vous avez développé des skills?

R : Ouais, j’fais de la sauce à l’ail, j’fais du marsaban, moi j’suis le back-up system. (rires)

G : Faut s’assurer qu’on connaisse tous les volets de toute la cuisine, c’est nous la relève de mon père, c’est notre place. On sait ce qu’on aime comme bouffe, on sait comment la présenter, faut savoir comment la faire pour pouvoir le montrer à tous nos prochains employés.

Vous mettez souvent votre touche personnelle dans les plats? Est-ce que vous faites beaucoup d’expérimentation?
R : Ça évolue naturellement. Pops va faire un plat pendant un temps puis va rajouter quelque chose de différent pour le rendre encore meilleur.

G : Y’a beaucoup de produits qu’on garde typiques, les gens ne savent pas comment les faire traditionnellement, ils n’ont jamais été exposés à des ragoûts libanais. On connaît le ragoût de pattes de cochon québécois, mais un ragoût libanais… T’es aussi bien de laisser le produit tel quel, tu rends hommage aux produits, aux origines.

Vous êtes tous les deux Libanais?
R : Georges l’est, moi j’suis Hongrois et Roumain d’origine. La bouffe libanaise ça a été nouveau pour moi, même si j’ai grandi avec Georges, la préparer et la vivre vraiment, ça, c’est nouveau et super intéressant. J’ai appris plein de choses… J’suis un Libanais en training qui approche le niveau pro! (rires)

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Thierry, le photographe, shoote les moindres recoins de la place, remplissant son appareil photo d’images de montagnes de falafels, de kaléidoscopes de légumes coupés et de la décoration flyée de l’endroit (dont Richy s’est grandement chargé) et particulièrement des étranges mannequins mascottes de l’enseigne, Sfiha et Fatayeur, nommés d’après des délicatesses de la carte. Pendant ce temps, les gars insistent sur l’importance du partage dans leur
culture, leur vie quotidienne et les liens forts qui se créent avec la clientèle depuis trois ans, liens qui les poussent à aménager leurs temps au magasin pour être sûr de voir tout le monde. Cette attention résume parfaitement ce qu’est Trip de bouffe, un endroit où l’amitié et la bouffe ne font plus qu’un.

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TRIP DE BOUFFE
277, Avenue du Mont-Royal Est
Montréal, Québec
H2T 1P6
tripdebouffe.com

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Texte: Sylvain Martet
Photos: Thierry Lacasse

 

Fondue au fromage en forêt

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Une météo clémente, la neige qui commence à fondre, une flasque bien remplie et des amis ; tous les éléments pour une randonnée relaxe étaient rassemblés. Avec la fumée du feu qui embaume les manteaux et les cheveux, c’était le moment parfait pour sortir les fromages et la bière qui allaient servir à la préparation d’une fondue sans prétention, au cœur de la forêt. Bien que cette recette demande un peu plus de préparation que d’ouvrir un sachet de fondue au fromage du marché, au final, le temps pour la préparer a été le même. Pas si mal pour la meilleure recette de fondue de tous les temps. Cuit sur une braise encore rouge, ce riche et très savoureux mélange de fromages et de bière blonde s’est avéré le clou de la randonnée.

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Texte: Hélène Mallette
Photos: Thierry Lacasse

Chalet entre amis dans les Cantons-de-l’Est

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Juchées au milieu de l’Autoroute 20, des États-Unis et de la Montérégie, les premières pointes des Cantons-del’Est se dressent devant nous au loin. Dans un paysage de champs vastes, d’un vert reluisant en été et de sapins débordant d’une douce blancheur en hiver, ce sont les monts Orford, Bromont, Sutton, Owl’s Head et Shefford qui laissent deviner ce magnifique paysage que plusieurs choisissent pour s’évader. Les passionnés de la nature explorent les pentes pour le ski ou le vélo, bien évidemment, mais aussi les sentiers de marche improvisés ou supervisés et les patinoires sauvages que l’on retrouve parfois à portée de pied sur un lac gelé au beau milieu de la forêt. À moins de 45 minutes de Montréal siège ce vrai coin de paradis qui nous accueille, le temps d’un week-end, pour renouer avec nos amis de longue date pour une pause bien méritée. On célèbre ce moment de détente une fois par année pendant quelques jours, sans #hashtag, à se regarder rire, jouer et manger.

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Le matin
La maison est à peine réveillée que déjà les ricanements des enfants résonnent dans la mezzanine. Les doux rayons de soleil qui s’immiscent sournoisement laissent place à la délicatesse du matin qui s’étire dans ce chalet loué et tout blanc. Chaque année, on se rencontre entre amis, armés de nos pyjamas et de nos plus beaux bas de laine pour cette réunion sans tracas.


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Le déjeuner
Moût de pomme sans alcool ou scotch on the rocks, tout est permis en ce matin où les enfants s’organisent comme des grands, comme s’ils savaient qu’on avait besoin de ce moment qui arrive trop rarement. L’odeur du café s’entremêle avec les miches desserts qui sortent tout juste du four. Les gars les ont prises en charge : une pour les enfants, l’autre avec une petite (grosse) touche de whisky et d’une dose surprotéinée de noix. Ce déjeuner dessert, déposé au milieu de la table dans lequel on pigera sans prétention, commence le week-end sous un air de convivialité, les mains et la bouche pleines de guimauves et de chocolat.

Dehors
C’est avec les petites joues toutes rouges et le bout du nez froid qu’on rentre d’une promenade en forêt. Parce que délaisser le confort du salon et l’odeur du bois qui brûle pour aller respirer le grand air et admirer la pureté de la forêt offre un sentiment de liberté tellement apaisant! L’appétit bien en place, on aide les enfants à se départir de leurs habits de neige et de leurs mitaines mouillées, puis on se lance dans la préparation d’un souper à partager.

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Festin
Au menu : soupe aux pois cassés garnie de croûtons de pain pumpernickel, de bacon et de gouda fumé suivie de tacos un peu funky que chacun garnira à sa manière. En garniture, on y déposera de gros morceaux de pomelo, vous savez, ce gros agrume dans le coin des pamplemousses à l’épicerie, celui tout emballé dans un filet? Il est un peu moins juteux que les autres agrumes, mais sa chair est sucrée et légèrement amère avec un subtil parfum de sapin. Ce sera parfait pour accompagner le chou rouge, la coriandre fraîche, la crème sure chipotle, et finalement, le fameux porc effiloché aux baies d’argousier, qui a braisé tout l’après-midi. Les éléments du souper se hissent tranquillement au centre de la table
trop courte pour accueillir tous les convives et le festin commence.

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Bon App’
Les tortillas se passent de mains en mains, dans un joyeux bordel de rires, de regards complices, d’éclaboussures de sauce piquante et de jus de lime, puis les boissons coulent à flots jusqu’au petit matin, jusqu’à ce que les plus épuisés finissent par s’endormir confortablement sur le divan du salon. On reprendra la route le lendemain en se promettant d’assurément revenir l’année prochaine à pareille date, sans se soucier du temps, de la météo et du quotidien pour se retrouver une fois de plus, entre vieux amis.

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Texte: Mathieu Lachapelle
Photos: Thierry Lacasse

Une sculpture dans la montagne

Architecture 003-10 (FILEminimizer) Texte : Catherine Ouellet-Cummings
Photos : Thierry Lacasse

Architecture 003-1 (FILEminimizer) Architecture 003-7 (FILEminimizer)Une maison, comme un refuge de montagne, d’où l’on peut admirer la douceur du paysage, sans quitter la chaleur du nid, en Estrie.  Le chemin qui longe la péninsule qui s’étire à l’intérieur du lac, mène à la résidence du sculpteur Jacek Jarnuszkiewicz. Accessible après la courte ascension du sentier, le bâtiment se tient fièrement au coeur de la forêt, à la fois dissimulé par les arbres qui l’entourent et s’élevant vers le ciel. L’endroit est silencieux, paisible, et cette douceur nous suit à l’intérieur où le propriétaire nous accueille. « Je viens ici le plus souvent possible, explique-t-il. J’aime l’isolement qu’il y a ici, je me sens au bout du monde! »  

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Inspiré de la nature, l’oeuvre est une collaboration entre le sculpteur et ses amis Loukas Yiacouvakis et Marie-Claude Hamelin de YH2 Architecture. Également inspiré par l’idée d’une « maison-champignon » qui sortirait de la forêt que par le travail de l’architecte Tom Kunding, Jacek a d’abord développé une série de maquettes et d’esquisses, qui se sont transformées avec l’apport des architectes. « Le processus de conception s’est rapproché de la technique du cadavre exquis développée par les surréalistes, chaque concepteur prenant le relais du premier, de sorte que le projet a évolué au fil des échanges », explique Loukas Yiacouvakis. Au final, le bâtiment de 1400 pieds carrés répartis sur deux étages et demi est articulé autour de deux volumes en bois, l’un clair et l’autre sombre, imbriqués l’un dans l’autre. À l’ouest, où la vue sur le lac est magnifique, les murs ont fait place à de larges pans vitrés, laissant le paysage s’inviter à l’intérieur. Inspirés par les arbres matures très présents sur le terrain, les concepteurs ont misé sur une composition verticale, où le regard circule d’un étage à l’autre et où les jeux de vertige sont les bienvenus. Ainsi, les stries vitrées de la face sud se poursuivent à l’intérieur, donnant lieu à un plancher de verre qui traverse l’espace. Au-dessus de l’entrée, des escaliers grillagés, laissant paraître la hauteur des étages inférieurs, grimpent jusqu’au dernier étage où le salon de lecture s’ouvre sur une terrasse de bois qui surplombe la forêt et offre un panorama spectaculaire sur les environs. Cette tour d’observation est surmontée d’un toit percé dont l’ouverture est orientée au-dessus de la chambre du propriétaire qui peut y voir les étoiles en étant couché dans son lit. Aussi bien dire que rien n’a été laissé au hasard pour faire de cette maison un lieu de paix, en harmonie avec la nature.

Visites à l’état sauvage dans ce lieu particulier où Jacek nous reçoit, les visites ne manquent pas, comme ce jour où un renard s’est approché de la maison, probablement pour attraper un mulot venu grignoter les graines tombées de la mangeoire à oiseaux, ou cette autre fois où, intrigué par un bruit, le sculpteur a vu six cerfs de Virginie galoper sur la route près de la maison. « Le premier avait de très grands bois, les autres le suivaient, raconte-t-il. Comme nous sommes sur une péninsule, isolés des autres résidences, ils savent qu’ils sont en sécurité ici ». De fait, avec son décor épuré, mettant en valeur les particularités du lieu, la résidence invite au calme et à la contemplation, d’abord du paysage qui s’offre généreusement à la vue, et des oeuvres qui donnent à la maison une personnalité riche, unique. Au premier étage par exemple, deux immenses photographies d’Alain Pratte ont été installées. « Alain est un ami et j’aime beaucoup son travail. Ces photographies font partie d’une série de polaroïds rephotographiés puis agrandis. J’en ai deux autres dans ma maison de Montréal », explique le propriétaire. Un mur d’écailles Dans la salle de bains, le mur du fond est décoré de douze ex-libris encadrés. « J’en fais une collection, raconte le sculpteur. J’ai plus de 800 pièces qui viennent de partout dans le monde ». Juste à côté, le sculpteur a créé un motif d’écailles de poisson en cuivre dont chacun des éléments a été fait à la main. Bien que le travail soit impressionnant, l’artiste est modeste : « Sur le plan technique, je me sens un peu comme un imposteur. Mon père était un vrai artisan. Les pièces de zinc qu’il a créées dans son atelier de Varsovie sont magnifiques ». Son travail peut d’ailleurs être admiré dans la cuisine où un monstre marin entièrement fait à la main est exposé.

La cuisine rassembleuse du reste, la pièce aux lignes simples s’articule autour d’un large îlot central derrière lequel un mur d’armoires blanches a été construit. Jacek en sort de magnifiques tasses pâles ornées d’une fine ligne bleue et, parce que dans ce repère de collectionneur, tout semble avoir une histoire, il précise : « Vous savez, ce même modèle de tasses était utilisé pour les gens de deuxième classe à bord du Titanic! » Il les pose sur l’îlot où il prépare des cafés et ajoute : « J’adore cuisiner. C’est moi qui prépare presque tous les repas ». L’îlot qu’il a fabriqué lui-même en est bien la preuve : la plaque de cuisson intelligente, la hotte rétractable et le lavabo ont tous été intégrés dans l’immense plan de travail, de sorte qu’il est facile de préparer le repas pendant que les convives s’installent sur les tabourets. De cet endroit au centre de la maison, la frontière entre l’extérieur et l’intérieur est poreuse. En été, les murs du rez-de-chaussée s’ouvrent complètement alors qu’en hiver, on regarde la neige tomber et s’amonceler doucement sur le terrain pendant que l’intérieur est baigné d’une douce lumière naturelle, qui traverse les trois étages de bas en haut.

Si l’été la plupart des repas sont pris sur la terrasse, l’hiver, ces moments de partage reprennent leur place à l’intérieur où une grande table de bois trône au centre de l’espace. Celle-ci est surplombée d’une suspension signée par le Japonais Issey Miyake et, à la tombée du jour, quand les derniers rayons du soleil s’étirent au rez-de-chaussée, on pourrait croire que l’objet délicat flotte dans la pièce, donnant à l’ensemble du rez-de-chaussée une ambiance feutrée, propice aux discussions qui se prolongent. Et c’est ce qui se produit, lorsque Jacek sort un vin fruité de son cellier pour un apéro improvisé avant que nous reprenions la route dans la noirceur de ce soir d’hiver. Le jour, la maison s’ouvre au paysage qui l’entoure, mais maintenant que la nuit est tombée, les environs disparaissent et la maison se dévoile, comme une lanterne au coeur de la forêt. En s’éloignant, on la voit qui brille encore à travers les branches. Un refuge dans la forêt, où il est si facile de se sentir bien.

Derrière les champignons

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texte: Ariane Bilodeau
photos: Thierry Lacasse

Le mycélium qui change le monde

Depuis toujours, il semble que les champignons suscitent tant l’admiration que la crainte des gens, qui oscillent constamment entre mycophilie et mycophobie. Nous faisons confiance aux petits champignons blancs tout propres du marché, et sommes attirés par les beaux spécimens que nous apercevons souvent en forêt vers la fin de l’été… mais nous n’oserions jamais y toucher. Nous sommes fascinés par ces organismes qui ressemblent un peu à des végétaux, un peu à autre chose, qui se nourrissent de trucs morts et de décomposition pour produire quelque chose de vivant et de délicieux.

Avant les jolies trousses de culture de champignons qu’on retrouve maintenant en épicerie, tout a commencé par un jeune entrepreneur avec un intérêt pour les champignons et surtout pour le mycélium – les intrigantes racines qui se cachent sous ceux-ci ¬– et puis par une occasion en or de tester leur pouvoir à grande échelle. En portant une nouvelle solution de détournement d’ordures ménagères à l’attention du public, Geoffroy Renaud-Grignon et Champignons Maison font leur part pour purifier la société… délicieux champignons sauvages en prime.

Une occasion d’affaires, un projet de mycoremédiation et la naissance de Champignons Maison
Titulaire d’une maîtrise en anthropologie et lauréat de la catégorie Bioalimentaire du Concours québécois en entrepreneuriat de l’Est de Montréal en 2014, Geoffroy se démarque depuis des années comme un jeune entrepreneur novateur qui sait miser sur un des grands pouvoirs de la nature pour remédier ¬à des problèmes d’ordre écologique.

Il y a quelques années seulement, une belle occasion d’affaires se présentait à lui sous la forme d’un immeuble ultra abordable pour mettre en œuvre des initiatives commerciales. Toutefois, une odeur d’huile planait autour de l’édifice, et même dans certaines parties de ce dernier. L’immeuble se trouvait en fait sur le terrain d’une ancienne station-service, ce qui avait contaminé le sol d’une manière qui semblait quasi irrémédiable. Geoffroy avait des connaissances de base en mycologie et en bioremédiation, par simple intérêt personnel, et ses recherches sur le traitement de sols donnèrent naissance à un plan d’action qui pourrait sembler, pour certains, saugrenu ou même utopique : purifier le sol par les champignons.

« C’est une solution non seulement abordable, mais qu’il est aussi possible de reproduire et qui échappe aux brevets », dit le jeune entrepreneur. Selon ses recherches, des couches jetables, qui prennent environ 150 ans à se décomposer, peuvent être réduites en humus par des pleurotes en seulement 4 mois. Ces mêmes champignons prennent aussi peu que 2 mois pour défaire des mégots de cigarette, qui prendraient autrement de 15 à 20 ans à disparaître! Ses recherches portèrent aussi à son attention un problème qui touche beaucoup de Montréalais : la contamination des sols par des hydrocarbures, et les coûts élevés associés aux méthodes habituelles de décontamination. Sachant que les pleurotes comptent parmi les champignons les plus faciles à faire pousser et les plus efficaces pour transformer les résidus commerciaux et résidentiels, Geoffroy se lança dans la culture du mycélium et de champignons comestibles en vue d’une application à grande échelle, soit la première étape de la décontamination des sols par le vivant.

Les trousses de culture de champignons
Pour financer la création d’un laboratoire de mycologie appliquée et procéder à des interventions écologiques, Geoffroy créa Champignons Maison vers la fin de l’année 2012 et lança ses fameuses trousses de cultures de champignons, utilisant le marc de café comme substrat de culture. Le café est la boisson chaude la plus consommée au Canada, et des milliers de tonnes de marc finissent chaque année au dépotoir. Champignons Maison en récupère 200 kilos par semaine, sans trop chercher. Cette initiative a fait de cette dernière la toute première entreprise québécoise à recycler le marc de café pour le transformer en champignons de spécialité. Pour Geoffroy, les trousses n’ont pas qu’une visée gastronomique, « elles rendent accessible la culture du champignon et permettent d’intégrer les utilisations du mycélium dans la culture populaire ». Elles permettent de voir le champignon dans l’ensemble de son déploiement, de comprendre son processus de croissance, puis d’être en mesure de le reconnaître dans la nature.

Des projets à revendre
Les projets d’application de mycélium de Champignons Maison se multiplient. Tantôt, on conclut un partenariat avec la Ville de Montréal pour revaloriser des frênes détruits par le redoutable agrile du frêne. Les arbres réduits en copeaux sont mélangés à du mycélium, et ceux coupés en rondins permettent de faire de véritables totems, sur lesquels de beaux champignons pousseront à la vue et à la portée du grand public. La jeune entreprise organise aussi régulièrement des ateliers théoriques et pratiques gratuits sur l’implantation de champignons comestibles à l’aide de mycélium, ainsi que sur les différentes associations bénéfiques entre plantes et champignons. Ces ateliers, à mi-chemin entre aménagement paysager et bioremédiation, servent à créer un espace de culture dans les jardins collectifs de la ville, tout en éduquant et en sensibilisant la population quant aux diverses utilités des fameuses racines de champignons. Comme une quantité importante de mycélium est nécessaire pour mener à bien de tels projets, Champignons Maison invite les participants à apporter des matériaux permettant de nourrir le nouvel organisme (carton, jute, café, feuilles de thé). On assiste donc au détournement de beaucoup de résidus domestiques. « Le produit final n’est même pas un déchet ¬– c’est un ajout que tu remets dans le sol et qui est déjà prêt à redonner à la communauté », déclare Geoffroy. Tel un cheval de Troie, le mycélium est prélevé par les participants et intégré à leur environnement et à leur quotidien, où il peut ensuite continuer de leur apporter de délicieux champignons comestibles.

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Et qu’est-ce que Geoffroy et l’équipe de Champignons Maison nous réservent pour l’avenir? Peut-être aurons-nous l’occasion de bientôt goûter au MycoBurger, un substitut de viande semblable au tempeh qui enchantera tant végétariens qu’omnivores. On nous prépare aussi un sirop d’érable dense et crémeux, préparé avec des décoctions de champignons médicinaux (tels le reishi et le chaga, deux champignons aux propriétés exceptionnelles) – il suffit d’en ajouter une toute petite quantité dans notre café chaque matin et hop! on en tire tous les bienfaits. À suivre!

L’entre-pots

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Texte : Léa Londoro
Photos : Thierry Lacasse

J’ai toujours aimé la « bonne bouffe », celle qui vous en met plein les papilles à la première bouchée, celle pour laquelle vous salivez avant même d’avoir touché à votre assiette. Quoi de plus réconfortant qu’une maison qui dégage un parfum de plat mijoté? OK, je l’avoue… Je suis une grande gourmande. Mais qui ne l’est pas, en fait? Ce que j’aime encore plus, c’est la cuisine des petits restaurants de quartier. J’ai toujours été passionnée par la restauration et le dévouement que chaque chef met à nous partager sa passion à lui. Habitant Montréal depuis déjà quelques années, j’ai fait de magnifiques découvertes. Et ce qui est encore plus génial, c’est que j’en fais encore.

En me rendant sur le Plateau-Mont-Royal, à quelques pas de la promenade Masson, j’ai découvert L’Entre-pots Café Traiteur. Ce restaurant, ayant pignon sur rue, a trouvé sa voie depuis quelques années. Offrant un service de traiteur remarquable pour différents types d’événements, L’Entre-pots se spécialise en déjeuner/brunch. Wow! Peu importe le jour de la semaine ou l’heure de la journée, vous pouvez déjeuner-dîner dans cet établissement. N’est-ce pas merveilleux? On a tous cherché cet endroit idyllique qui nous permettrait de déjeuner en fin de journée après avoir fait la grasse matinée. Ne cherchez plus, j’ai trouvé! Depuis l’ouverture, en 2011, cette joyeuse bande de lurons a trouvé sa voie et offre à tous leurs clients des brunchs de grande qualité.

Une grande banquette rouge plus que confortable, du bois rustique utilisé à toutes les sauces (pour les tables, sur les murs, comme pour le bar) et des pots Mason faisant office de verres, la décoration nous transporte pratiquement ailleurs qu’en ville. Un chalet peut-être? Chose certaine, on s’y sent bien. La convivialité est au rendez-vous, tant par le décor que par le service.
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Lorsqu’on met les pieds dans ce restaurant de quartier, on a la douce impression que tout le monde se connaît. Chaque tablée se salue et se sert la main, on échange avec le voisin comme si ça allait de soi. Le service est tout en simplicité, on vous salue chaleureusement et on vous invite à choisir une table. Le menu est écrit à l’ardoise. On y retrouve les classiques de la place et les mets du jour qui varient quotidiennement selon l’humeur du chef et les arrivages saisonniers. Le serveur est souriant et disponible pour répondre à mes nombreuses questions. Quels sont les coups de coeur? Les plats populaires? Les originalités de la place?

J’opte pour un classique, le « pain doré bacon cheddar et oeuf au plat ». J’apprends en commandant que tout est fait maison. Ces passionnés fument eux-mêmes leurs viandes et vont même jusqu’à confectionner leur propre pain. Je suis conquise et je commande. L’assiette est magnifique à son arrivée. Le pain doré porte bien son nom à l’Entre-pots, il est rôti à la perfection… Le cheddar fondant enrobe le bacon fumé sur le pain chaud qui est assis sur un lit de pommes de terre rôties. L’oeuf au plat trône au sommet et un léger filet de sirop vient boucler la boucle de ce mets copieux. Un délice! À l’image de la place, tout en simplicité, mais succulent comme on aime.

J’ai bien aimé l’idée des « extras » mis en évidence sur le tableau. On peut donc ajouter un plat de fruits à notre repas, des cretons maison ou des fèves au lard pour les plus gourmands.

Ne pouvant résister, et étant accompagnée pour découvrir ce restaurant, je commande un second plat. Le pancake de sarrasin, saumon fumé maison, yogourt et fines herbes. Sublime. Toute en fraîcheur, cette assiette est le compromis idéal lorsqu’on désire un plat copieux, mais rafraichissant à la fois. Le pancake, moelleux à souhait, n’est pas lourd en bouche et la farine de sarrasin y est bien balancée. Tartinée de yogourt nature, cette épaisse crêpe est surmontée d’une salade légèrement vinaigrée, alliant roquette, tomates cerises, concombres croquants et fines herbes. Au final, on y ajoute le saumon qui est tout simplement divin. Tout comme les autres viandes et produits de la mer, ce poisson est fumé sur place. L’équipende l’Entre-pots nous démontre encore une fois qu’elle sait ce qu’elle fait.L'Entre-Pots-4 (FILEminimizer) L'Entre-Pots-3 (FILEminimizer) L'Entre-Pots-2 (FILEminimizer) L'Entre-Pots-1 (FILEminimizer) L'Entre-Pots-9 (FILEminimizer)

On retrouve aussi à l’ardoise des classiques de la maison comme le sandwich-déjeuner avec jambon, le grilled cheese au canard confit et lempain doré aux poires et Nutella maison. Une raison de plus pour aller bruncher à l’Entre-pots. Le choix a tellement été difficile à faire qu’il faudra assurément que j’y retourne pour goûter à tout!
L’entre-pots
1995, rue Masson
Montréal, qc
H2H 1A5
514.419.7766
info@lentrepots.ca

Lebicar

lebicar-sliderjpgTexte : Sylvain Martet
Photos : Thierry Lacasse

Le temps de ce dimanche d’août est magnifique, idéal pour profiter d’une cour extérieure en chillant avec des amis. De loin, on aurait presque l’impression que c’est l’activité qu’a choisie David, alias Lebicar, mais non les petits potes, ça bosse ici, preuve en sont ses mains pleines de peinture. David est à l’œuvre sur une murale de plusieurs pieds de haut aujourd’hui. Autour, ça déconne. Il faut dire que le restaurant qui héberge son travail du moment fête ses quatre ans. Les enceintes crachent du rap, des bières pleines succèdent aux vides, des shooters de whisky se boivent directement à la bouteille… Lebicar m’accorde du temps avant d’aller apporter la touche finale à sa pièce extérieure qui vient compléter des panneaux à l’intérieur du restaurant.

DAVID, COMMENT TOUT ÇA  A COMMENCE?
L’engouement autour du dessin s’est développé parce que j’ai fait du montage de vidéos de skate dans mon adolescence, et à travers ça j’ai fait de l’animation, donc beaucoup de 2D. J’ai commencé à dessiner, à former ma plume à travers ça. Pis quand j’suis arrivé en ville y’a quatre ans j’ai évolué dans un milieu plus culturel et de fil en aiguille j’ai commencé à rendre ça davantage public et le monde a accroché à mon style.

Ç’A L’AIR SIMPLE DIT COMME ÇA!
C’est niaiseux mais ça marche en respectant le coup de crayon que j’ai tout le temps eu. Au début c’étaient des gribouillis de coin de feuille, pis à force de les peaufiner et de les rendre de plus en plus sérieux – même si j’me prends pas du tout au sérieux (rires) – à force de mettre de l’énergie derrière, de pousser la machine, le feedback était bon. Fait que j’me suis dit, pourquoi pas en faire un sideline, pourquoi pas en faire une carrière.

ON TE RETROUVE DANS DE PLUS EN PLUS DE CAFES ET DE RESTAURANTS ICI, MEME SI T’ES ENCORE TRES LIE A LA SCENE DU SKATE. T’AS DECIDE DE TE TOURNER VERS CES LIEUX OU ÇA SE FAIT NATURELLEMENT?
Moi j’force pas les choses. J’suis capable d’aller voir quelqu’un dans un restaurant pis y dire que c’était vraiment bon, c’était vraiment cool, pis y aller une deuxième fois, une troisième fois, pis jaser. Sans faire de pitch de PR sans fin pis être trop chiant en donnant mes cartes d’affaires, parce que je crois pas en ça pantoute. J’réussis à me faire un réseau par des amis et ça aboutit qu’une part des places où je travaille c’est dans le milieu de la bouffe.

JUSTEMENT, PARLONS MANGER!
J’ai un profond intérêt pour la bouffe en général, c’est ben rare que je passe une semaine sans me payer une bonne bouffe. Avec ma blonde, on s’est aperçus qu’on devient de plus en plus… Comment dire… Je sais quand c’est mal fait ou quand c’est…

T’ES DEVENU UN FOODIE?
Ouais, c’est ça mais j’veux pas le dire (rires). Non, j’suis pas un chialeux, tant que c’est fait avec effort et amour, normalement je prends mon pied pis j’suis heureux. Quand c’est trop fait avec le doigt en l’air et que ça vaut pas ce qui est annoncé, j’ai plus de difficulté.

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Barrasso casse la croûte

barasso-sliderTexte : Hélène Mallette
Photos : Thierry Lacasse

Gros soleil, 32 degrés, le bruit de la distorsion résonne aux quatre coins de Drummondville alors que le festival Rockaganza! balance aux citoyens et autres curieux de la région un festival de musique alternative qui en est à sa deuxième édition. Dinette s’est rendu au Terrain de La piaule, en plein cœur de la ville, pour pique-niquer avec le groupe rock montréalais Barrasso. Composé de Jonathan Beauregard, chanteur et guitariste, Étienne Beaupré et Thierry Bourgault d’Amico, tous deux guitaristes, Francis Paquette à la batterie, et du bassiste Louis-Simon Bastien, Barrasso est un de ces groupes qui décapent, aux mélodies énergiques qui vont droit au but. Avec son album Des X, des croix, des pointillés tout frais sorti des presses, Barrasso a mis la pédale au tapis et a complètement ébloui les festivaliers agglutinés devant la scène. Les membres de la formation se sont donnés corps et âme devant eux. Juste avant de monter sur scène, les gars sont venus manger de gros sandwichs avec nous, que chacun montait à son goût, question de faire le plein d’énergie pour leur prestation.

QUI DIT PIQUE-NIQUE DE BAND, DIT SYSTEME D.
Avec un petit coin de pelouse pour relaxer, un ampli de guitare en guise de buffet et un rebord de porte de garage d’entrepôt pour faire office de comptoir-lunch, le contenu du pique-nique, lui, était loin d’être laissé au hasard. Il y avait de la viande à profusion (saucisson, calabrese, prosciutto, jambon blanc, rillettes de canard) étant donné la précision apportée par Thierry : « Nous, on est des vrais carnivores! ». Il y avait également du fromage suisse, du brie, du confit d’oignon, et du bon pain que nous avions pris, plus tôt le matin, à la boulangerie chez Guillaume sur St-Laurent à Montréal, où on a pu repartir avec quelques délicieuses baguettes bien craquantes et la plus grosse miche de tous les temps. Tout ça agrémenté de moutarde de Dijon, de cornichons, d’olives et de chips. C’est très important les chips!

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Le sandwich bass drum
Pain miche géante
Saucisson
Calabrese
Prosciutto
Jambon blanc
Confit d’oignons
Roquette
Moutarde de Dijon
Fromage suisse
Cornichons

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Chacun s’est fait un sandwich à son goût, Louis-Simon, lui, a TOUT mis ce qu’il y avait, avec des chips sur le dessus (pas sur la photo), pour ajouter, comme il dit : « …de la légèreté et du croustillant ».

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