Miami l’appel du pastel

Ciel bleu, brise du large, plage blonde qui s’étend dans l’eau turquoise… Miami Beach a tout pour plaire. D’autant plus que cette petite ville du grand Miami jouit d’un climat unique et d’une architec- ture particulière qui, à elle seule, suffit à lui donner une réputation internationale.

Dans les rues de Miami Beach se retrouve la plus grande quantité de bâtiments Art déco au monde, qui doivent leur popularité au mouvement de revalorisation architecturale qui prend naissance dans la ville à la fin des années 1970 et dont l’apogée est atteint au début des années 1980, lorsque le de- signer Leonard Horowitz peint les façades de plu- sieurs bâtiments de la ville dans des teintes pastel. Là où les teintes neutres avaient dominé et où les bâtiments avaient vieilli éclosent des roses pro- fonds, des turquoises crémeux, des jaunes citron et des oranges sorbets, transformant complètement le paysage et attirant l’attention des citoyens et des autorités qui ont su reconnaître le trésor architec- tural qui se tenait devant eux.

Parce qu’une transformation ne se fait jamais seule, c’est aussi grâce à la populaire série télévisée Deux flics à Miami (Miami Vice), campée à Miami Beach, si l’on peut encore aujourd’hui découvrir les bâtiments surprenants qui bordent Ocean Drive ou Collins Avenue. Présentée comme un décor magnifique et magnifié, Miami Beach devient alors un lieu incon- tournable pour les photographes, les stylistes et les producteurs qui s’y donnent rendez-vous, entraînant dans la foulée des efforts importants de restauration des bâtiments et une popularité aussi soudaine que permanente pour la ville.

Si les couleurs pastel font la signature de Miami Beach, elles représentent pour plusieurs un choix surprenant, voire radical, dans ce climat où l’on retrouve habituellement les couleurs saturées de l’architecture caribéenne. Et pourtant, les couleurs surannées de Miami Beach y ont toutes leur place : à son lever et à son coucher, le soleil baigne l’hori- zon d’une lumière dorée qui donne aux nuages une teinte pêche; au zénith, le ciel d’un bleu lumineux devient l’arrière-plan idéal pour les bâtiments, et en tout temps, le regard s’élève et se perd entre l’azur et le turquoise. La partition est si bien jouée que l’on pourrait croire sans difficulté que Miami Beach est née pour la couleur.

De fait, fondée en 1915 sous le signe du plaisir et de la spéculation immobilière, Miami Beach a, dès le départ, fait partie de ces lieux mythiques qui alimentent l’imaginaire et suscitent les passions. Cette ville, pratiquement créée de toute pièce, grâce au nettoyage des mangroves et au remblaiement de sable entre les îles côtières sur lesquelles elle s’est construite, de- vient l’apanage d’investisseurs qui ne tardent pas à en faire une aire de repos hivernale pour les grands de l’époque, qui y trouvent chaleur, plaisir et luxe. Mais ici, comme ailleurs, le krach boursier de 1929 frappe et transforme la vie à Miami Beach.

Dans ce qui est connu depuis 1979 comme le Miami Beach Architectural District, un quartier délimité par l’océan Atlantique, 6th Street, Alton Road, Dade Boulevard et 23rd Street, la majorité des bâtiments ont été construits dans les années 1930 par une poignée d’architectes, dont Henry Hohauser, Lawrence Murray Dixon, Albert Anis et Anton Skislewicz. Inspirés par l’Art déco, un mouvement artistique qui tient son nom de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes qui a eu lieu à Paris en 1925, ces architectes ont imaginé un style unique, propre au climat (autant météoro- logique qu’économique) de la région, en créant des bâtiments d’allure aérodynamique qui font écho aux innovations industrielles de l’époque.

Alors qu’en Europe, l’Art déco est synonyme de futurisme et d’élégance, où de riches ornements côtoient des surfaces géométriques, le style se définit autrement à Miami Beach. Dans les États-Unis post- krach, même les plus riches ne peuvent se permettre les somptueuses pierres naturelles et les bois raffinés qui font la signature de l’Art déco européen. La solution se trouve donc dans l’innovation : les architectes de Miami Beach se tournent vers de nouveaux matériaux comme le néon, les blocs de verres, l’aluminium et la peinture pour créer des effets sophisti- qués à moindre coût. Ils imaginent des fenêtres en hublot, des balcons inspirés des ponts des navires transatlantiques et des motifs originaux, évoquant tantôt des fontaines et des vagues, tantôt des végé- taux tropicaux et des oiseaux marins. Taillés dans la maçonnerie et parfaitement symétriques, les motifs toujours visibles aujourd’hui contribuent au look moderne, en magnifiant la verticalité des lignes.

Originellement peints en vert marin, en bleu poudre ou en saumon, les motifs se détachent sur les bâtiments de couleur neutre, offrant au regard toute la beauté et la délicatesse de leurs agencements. À l’in- térieur, des planchers de terrazzo coloré, des murs recouverts de Vitrolite et des appareils en acier inoxydable appuient le look de Miami Beach.

Rapidement, cependant, l’Art déco cède sa place partout au pays. Au moment où la Seconde Guerre mon- diale met un frein au boom immobilier des années 1930 à Miami Beach, l’Art déco a déjà commencé à perdre de sa popularité au profit de l’architecture moderne dont les préceptes font leur chemin dans les États-Unis d’après-guerre. Quelle chance, alors, de savoir que des vestiges Art déco subsistent en Amérique!

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