Le refuge

On avait envie de se faire une grosse bouffe en gang, de célébrer tout et rien en particulier. Le deuxième anniversaire du magazine? Peut-être, mais pas tant. On avait envie de créer des liens, loin dans le fin fond du bois, de connecter avec nous-mêmes et avec de vrais humains en chair et en os, et non par l’entremise de nos cellulaires ou des réseaux sociaux, pour une fois. On a trouvé l’endroit parfait.

C’est sous un ciel maussade soufflant un petit vent frais qu’on s’est donné rendez-vous au Lodge Hors-Piste, un chalet rustique à Jouvence, dans les Cantons-de-l’Est. C’est un refuge sans commodités modernes; l’eau est pompée à même le lac et pour l’électricité, tout fonctionne avec un système de batteries et de génératrices. On s’y sentait un peu comme dans une cabane dans un arbre; en tout, plus de 30 couchettes peuplaient les différents paliers de la maison aux lambris de bois. Le toit mansardé et les échelles pour monter d’un étage à l’autre contribuaient assurément à cette douce impression d’être redevenus enfants.

Pour être rustique, ce l’était; il a fallu marcher quelques kilomètres dans la forêt pour s’y rendre. Puisqu’on avait un bon lot de vaisselle et d’ingrédients à apporter, on avait le choix de s’y rendre en canot ou de tout mettre dans un trailer tiré par un quatre-roues et prier pour que tout se rende du point A au point B sans briser. On a opté pour le VTT, mais non sans stress; je regardais les bosses dans la trail avec appréhension et je lâchais des petits « Eh boy! » chaque fois qu’on roulait dans un trou ou sur une grosse roche. Mais fiou! Tout était bien emballé, comme pour un déménagement, et rien n’a été endommagé. Bon. Bonne affaire de réglée.

Heureux de nous installer dans ce petit coin secret, on a laissé Michael, notre guide, nous préparer un feu dans le poêle à bois et bientôt, la chaleur enveloppante se mêlait à l’air humide et les doux crépitements préparaient la maison à l’ondée de rires, de jasettes et de musique de fond qui allait l’envahir au fil des prochaines heures. Oh oui, parce que trame sonore il y avait! C’est pas parce tout marche à batteries qu’on allait se priver de musique! Par contre, on a vite réalisé qu’on avait juste mon téléphone et pas vraiment de wifi alors on a écouté Post Malone en boucle et ma playlist de tounes Lover/Introspectives/ Day dreamer ponctuée de pièces de Mazzy Star, Lykke Li, Cigarettes After Sex et autres, toute la journée.

LA GRANDE TRAVERSÉE

Nos invités, eux, sont venus nous rejoindre en canot, armés de rames, de vestes de sauvetage et de sourires amusés. Le vent tenace qui soufflait sur le lac Stukely envoyait les canots dans toutes les directions sauf la bonne. Chacun s’efforçait de ramer plus vite dans l’espoir de rejoindre la berge et de mettre la main sur quelque chose de chaud à boire et à grignoter. Ah, ha! Mais la bouffe, il fallait la préparer!

Le concept de la journée était bien simple : un chalet, une gang, un repas à préparer, 4 recettes, 4 équipes, go! Rassemblés autour du feu de camp qui s’animait dehors (sur lequel Margaux faisait sécher ses bas – la traversée en canot ne s’était pas bien passée pour elle!) chacun devait se présenter. Le cercle était composé d’Instagrammeuses et d’Instagrammeurs qu’on suit quotidiennement; d’entrepreneurs, artistes, pigistes et amis. Ce fut un exercice surréaliste; on avait l’impression de les connaître parce qu’on regarde leur feed, on like leurs photos, on écoute leurs stories et on communique par messages privés. Mais dans le fond, on ne les avait jamais rencontrés en vrai.

Les barrières électroniques sont tombées et on a eu droit aux vrais humains. C’est fou, hein? De nouvelles amitiés se sont tissées, les blagues et les anecdotes se sont multipliées et on a échangé sur nos réalités différentes.

#TEAMCUISINE

Pour s’adapter aux moyens du bord, il fallait faire des recettes simples comprenant le moins d’étapes possible. Au menu : de grosses tranches de chou rouge rôti sur le feu avec des oignons, des pommes vertes et des chips de salami. Une autre équipe s’est lancée dans la préparation d’une salade de citrouille caramélisée et lentilles du Puy, et, trônant au milieu de la table, le poisson cuit au four nous faisait de l’oeil avec sa garniture d’oignon vert et de noix de pin. Sans oublier les pains naan maison, façonnés dans le fou rire le plus contagieux du monde; c’est que l’eau pour la levure n’était jamais assez chaude pour la faire mousser. À force de recommencer, on a fini par faire une quantité monstre de pain, tellement que le four ne fournissait plus.

Nous avons mangé tous ensemble à la lueur d’une dizaine de chandelles alors que le soleil se couchait tranquillement derrière les montagnes. Michael, notre guide, faisait rire tout le monde en nous vantant les vertus de différents aliments, dont les graines de chanvre, qui selon lui, augmentent les performances en tout genre de ceux qui les consomment.
Nous avons terminé la journée dans une joyeuse séance de lavage de vaisselle et une marche dans la forêt pour réintégrer la civilisation… un peu à reculons.



Texte : Hélène Mallette
Photos : Nicolas Blais
Vaisselle : Christian Roy, potier

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