Hooké

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« À La pancarte, tourne à gauche, monte jusqu’au fond, et c’est la deuxième maison. »
C’est avec les indications de Fred dans mon téléphone que notre voiture sillonne les rues de Baie Saint-Paul jusqu’au lieu qui sert de chalet, et de « camp de base » pour toute la tribu de Hooké.

Fred, c’est Fred Campbell, membre fondateur de cette communauté de pêcheurs à la mouche aujourd’hui suivie et aimée partout sur la planète. Vous allez vite comprendre pourquoi…

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Samedi, 16H42.
On arrive, je les vois, ils sont quatre, vêtus de chemises de flanelle et de grandes salopettes. Les sourires de bienvenue qu’ils nous dessinent dès qu’on s’avance vers eux semblent aussi vouloir dire : « Enfin, vous êtes là! ». C’est que l’après-midi tire à sa fin, et que d’habitude, c’est dès l’aube qu’ils ont les pieds dans la rivière.

– Une journée de pêche, ça commence quand le soleil se lève, et ça se termine quand le soleil se couche!

– Oui… Mais ça dépend aussi de ce qui s’est passé le soir d’avant!

Leur hâte et leur joie se font ressentir dans tous leurs échanges. Rapidement donc, j’enfile l’uniforme de circonstance et je me retrouve à nouveau sur la route, coincée entre grands filets et cannes à pêche, cette fois avec Fred et son ami, Frank.

En chemin, j’apprends que Hooké, c’est plus, beaucoup plus qu’un rassemblement de mordus de pêche. Mon instinct me dit de les écouter attentivement, parce qu’il y a plusieurs leçons de vie qui s’apprêtent à émaner de cette conversation sans qu’ils en soient eux-mêmes tout à fait conscients. Ils parlent d’abord de leur communauté comme d’une opportunité de se réunir. Juste pour se voir. Juste pour se parler. Juste pour le fun. « On est des maniaques, mais on s’est surtout embarqué là-dedans parce qu’on aime ça… être ensemble. Ce qu’on partage d’abord et avant tout, c’est du temps » de laisser tomber Fred, dans toute son authenticité.

Et il n’y pas de critère, ni de compétition, dans le monde de la pêche à la mouche. Que t’aies 15 ou 70 ans, que t’en sois à ta première ou ta 394e fois dans tes bottillons imperméables, on veut que tu sois là. On veut savoir si tu penses que les mouches vertes attirent plus le saumon que les mouches bleues, et si t’as envie de te joindre au feu de camp qui suivra le coucher du soleil.

C’est pas plate?
Je ne peux m’empêcher de leur partager mes vieilles croyances de fille qui n’a jamais pêché de sa vie : « Pour des gars qui ont grandi dans la montagne, en ski et en snowboard, vous ne trouvez pas ça ennuyant, attendre toute la journée que ça morde? »

« Quand tu vas à la pêche, le plus important, c’est de bien choisir avec qui tu y vas. Si tu choisis du bon monde, tu vas avoir du bon temps. »

Ah ben oui.

Et c’est bien parfait, que le temps s’étire à la rivière. Ça force à lâcher prise. En fait, ça se fait tout naturellement…

Leur rythme cardiaque ralentit, leur corps tout entier se détend et leur esprit entre en communication directe avec la faune et la flore qui les entourent dès leurs premiers pas dans l’eau. Le stress de la vie n’existe plus, me confient-ils, quand ils sont armés de leur canne à pêche.

Comme des surfeurs qui lisent les vagues, ils ont appris à suivre le rythme de l’eau, à tenter de déjouer la nature, comme ils aiment le dire, pour attraper des poissons. Ils ont saisi, entre autres, qu’ils ne contrôlent pas grand-chose. Un autre bel enseignement.

Samedi, 18H15
Arrivée sur les lieux, je suis mes pêcheurs dans un champ, puis dans une forêt de fougères qui me parachute dans un autre monde et nous mène aux abords de la rivière, bordée de grands rochers et dans laquelle plongent de chauds et puissants rayons de fin de journée.

On se regarde tous en riant :

« Ouais, ça fait partie de la pêche de se laisser impressionner par la beauté de la nature chaque fois! »

Ces gars-là ont tous été initiés à ce sport traditionnel par leur père ou leur grand-père. À cette époque, on pêchait pour se nourrir. Aujourd’hui, on le fait pour jouer. Les truites, saumons, brochets et autres prises de la tribu sont donc tous relâchés après avoir été remerciés pour la dose d’adrénaline.

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C’est un sport, mais c’est aussi un art, la pêche à la mouche. Il faut les voir minutieusement façonner leurs mouches avec leurs grandes mains « C’est de l’artisanat masculin! », de me préciser Frank, champion incontesté de la mouche selon le reste du groupe. Après une partie de roche-papier-ciseaux qui détermine qui aura la chance d’être le premier à lancer sa ligne, je suis Fred de près pour observer ses mouvements, grands, fins, fluides, une technique qui confirme son expérience, un style tellement personnel.

J’ai gardé tout ça en dedans, mais je vous le dis à vous, la gorge me serrait un peu d’émotion de les voir ne faire qu’un avec leur environnement, et d’avoir la chance d’observer de leur sensibilité, de leur talent, de leur passion.

Samedi, 20H30
Ce que j’ai vite compris de l’expérience Hooké, c’est que la journée est loin de se terminer au moment de sortir de l’eau. Direction campement pour manger tous ensemble sur le bord du feu. Avec la simplicité pour thématique, on assemble quelques ingrédients pour rapidement offrir un repas à tout le groupe et profiter de la présence de chacun tout au long de la soirée – quelques pains grillés sur des bâtons, des tomates fraîches arrosées d’huile et accompagnées de basilic,
cuites directement sur la braise, des fromages de la Laiterie de Charlevoix offerts par pêcheur Philippe, des pommes cuites dans la braise pour dessert, quelques bières, de la musique country comme trame de fond, et on obtient, je pense, la recette du bonheur. Du moins, celle de Hooké, et elle aura su me plaire profondément.

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HOOKE.CA

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Texte: Marie-Philippe Jean
Photos: Tamy Emma Pepin
Drone: Benjamin Rochette

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