Ferme Les Carottés

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Par un magnifique après-midi ensoleillé d’été, Dînette a pris la route des Cantons-de-l’Est direction ville de Dunham. Excités à l’idée d’aller à la rencontre des deux propriétaires de la ferme Les Carottés, nous nous sommes quelque peu égarés, mais GPS en mains, nous sommes tout de même arrivés à l’heure. Accueillis par Oiseau, le border collie débordant d’enthousiasme de la famille, nous nous sommes tout de suite sentis comme à la maison. C’est assis sur leur conviviale terrasse « home made » que Francis Côté-Fortin et Éloïse Racine ont raconté les détails de leur nouvelle aventure à notre journaliste.

Diplômes de gestion d’entreprise agricole dans les poches, nos deux maraîchers n’ont pas attendu très longtemps avant de réaliser le projet qu’ils avaient en tête. Malgré tous les pièges possibles, les difficultés du milieu et les fonds sollicités, Éloïse et Francis ont trouvé un moyen de posséder leur propre entreprise agricole, et ce, presque à la sortie de l’école. C’est par l’intermédiaire d’un organisme appelé Banque de terres qu’ils ont pu louer un petit lot pour ainsi créer la ferme maraîchère diversifiée Les Carottés.

Banque de terres est un organisme de la MRC Brome-Missisquoi qui permet de jumeler des agriculteurs en devenir, qui n’ont pas encore une grande expérience et qui n’ont pas non plus un demi-million à investir, à des propriétaires déjà bien installés qui ont souvent des bouts de terre inutilisés. Il y a différentes ententes possibles : partenariat, transfert, démarrage, mentorat ou encore, comme c’est le cas pour Éloïse et Francis, la location. C’est sur un verger de 60 acres qu’ils ont planté leurs fleurs et leurs légumes. Selon Éloïse, le fait de commencer ainsi constitue un excellent moyen d’apprentissage, car les propriétaires des lieux représentent une source de connaissances importante dont ils peuvent bénéficier.

« Les propriétaires nous aiguillent sur plein d’affaires, ils nous coachent, c’est une forme de mentorat. Quand il faut s’acheter une pompe, par exemple, et qu’on ne sait pas comment la brancher, on peut leur demander. »

Pour les deux passionnés, avoir une ferme maraîchère ne consiste pas seulement à gérer une entreprise, c’est une façon de vivre. Originaire de Rimouski et ayant travaillé un certain temps en informatique, Francis s’est rapidement rendu compte qu’il souhaitait autre chose pour son avenir.

« On veut que l’agriculture soit notre mode de vie! J’ai besoin de travailler avec mon corps, à l’extérieur et dans un environnement rural. »

Quant à Éloïse, elle a été élevée sur une ferme laitière conventionnelle dans les Canton-de-l’Est, mais elle s’en est éloignée en allant faire des études universitaires en Arts visuels à Montréal. Aujourd’hui, elle a toujours son âme d’artiste, mais elle ressent avant tout le besoin de vivre à la campagne, de vivre sur une ferme.

Les deux entrepreneurs louent cet espace agricole depuis maintenant deux ans et ils célèbrent aujourd’hui leur toute première année de récolte.

« Nous avons passé la première année à préparer la terre et cette année, nous avons pu semer et récolter le fruit de notre labeur », dit fièrement Éloïse.

Francis et Éloïse sont des fermiers qui respectent le rythme et les exigences de la nature. C’est pour cette raison qu’ils tenaient, dès le début, à n’utiliser que des produits sans danger pour l’environnement. En suivant le principe d’une agriculture respectueuse et rassembleuse, Francis et Éloïse ont mis sur pied un nouveau concept de paniers bio.

« Nous voulions évidemment participer à une formule d’agriculture soutenue par la communauté, mais nous n’étions pas entièrement satisfaits du concept de paniers bio et nous en avons élaboré un autre », explique Éloïse.

À la ferme Les Carottés, le consommateur peut obtenir sa « part de récolte » au printemps, moyennant un certain montant, et en faire usage comme bon lui semble par la suite. Il obtient une carte prépayée de légumes qu’il peut utiliser en visitant le kiosque chaque semaine. Il aura un accès à volonté au bar à fines herbes fraîches pendant toute l’année. Il recevra aussi une infolettre offrant des nouvelles sur les cultures, des trucs et des recettes pour apprêter les légumes ainsi que des invitations à des événements de la ferme. Selon Éloïse, la grande originalité de leur concept réside dans le choix des légumes.

« Lorsque tu reçois un panier, tu ne choisis pas ce qu’il contient. Tu n’as peut-être pas envie de manger du rutabaga toute la semaine! »

En allant au kiosque plutôt que de recueillir un panier dans un point de chute, le consommateur participe à l’agriculture biologique tout en prenant les légumes qu’il désire, et en plus, il peut piquer une jasette avec les fermiers!

Bien entendu, Duhnam n’est pas situé à côté des grands centres, c’est pourquoi Éloïse et Francis tiennent un kiosque à Montréal au Marché Griffintown. On peut également aller les saluer et acheter leurs légumes tous les samedis au Marché fermier de Frelighsburg

Éloïse et Francis souhaitent que la ferme Les Carottés demeure le plus local possible.

« C’est une petite ferme que nous voulons rendre efficace sans en abuser! », nous confient les copropriétaires.

Ils sont pleinement conscients qu’ils en sont à leurs débuts et qu’ils voudront essayer différentes approches au fil des années. Éloïse, par exemple, caresse le rêve de développer davantage la production florale.

« Ça doit être mon côté artiste qui me pousse à vouloir produire des fleurs coupées, c’est tellement beau! »

Quant à Francis, c’est un amoureux des animaux! Dans un avenir pas trop lointain, il aimerait avoir quelques vaches afin de créer un écosystème complet de la production agricole.

« Nous avons besoin de matières fertilisantes pour faire pousser nos légumes et cette année, nous avons dû en faire venir de l’Ontario. La présence de bovins sur une ferme maraîchère, c’est un élément clé pour maintenir la fertilisation et contrôler l’exportation. Ça rejoint le mode de vie qu’on souhaite instaurer : recréer l’équilibre naturel de la production agricole. »

Contrairement à la croyance populaire, nos deux fermiers vivent au même rythme que celui qu’ils réservent à leur terre, c’est-à-dire tout en douceur. Le choix de leur style de vie agricole implique nécessairement des concessions et un dur labeur, mais ils ne souhaitent pas correspondre au stéréotype du fermier qui débute à 4 heures du matin et qui termine à 22 heures. Ils sortent boire une bière à la brasserie Dunham s’ils en ont envie, ils vont souper au restaurant, ils passent des soirées avec leurs amis… Ils vivent en parfait accord avec leurs principes!

Finalement, Éloïse Racine et Francis Côté-Fortin sont des maraîchers pas mal zen, gageons que leurs légumes le sont tout autant!

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Texte : Maryse Deraîche
Photos :  Sébastien Rioux

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