Deux cornets

Se lever tôt. Assez tôt pour immortaliser le lever du soleil. Trop tôt, des fois, pour les vacances. Se faire un petit café, un feu pour faire cuire le déjeu- ner. Se laisser amadouer par la chienne du camping qui grignote notre poêlée d’oignons pendant qu’on regarde ailleurs. Passer nos journées à parcourir les kilomètres d’asphalte qui longent les côtes de la Gas- pésie. Arrêter à toutes les cantines et manger pieds nus dans le gazon. Poutine, club sandwich au ho- mard, rondelles d’oignon avec beaucoup de sel et de la moutarde jaune, hot-dogs pas de saucisse – comme on les aime.

Les vacances. Les vacances avec le bruit des vagues en trame de fond. La chaleur des gens du coin, les sourires gratuits et les beaux bonjours à l’ac- cent prononcé. Une crevaison réparée au seul garage du village par un vieux mécanicien aux mille et une histoires. – Il trouvait qu’on avait l’air de deux beaux cornets avec nos téléphones intelligents, mais même pas capables de patcher un flat. – Quand il a retiré ce qui était coincé dans le pneu, Mathieu s’est écrié : « C’est un méchant gros clou ça! » Sans le regarder, le vieux a posé sa main sur son épaule : « Ben non, c’est pas un clou ça mon homme, c’t’une vis! » avec le rire de moteur étouffé le plus attachant qu’on ait entendu.

La simplicité. La simplicité de tout. Mathieu qui fait jouer son drone dans les airs, moi qui pars à la re- cherche de fleurs et de coquillages en l’attendant. Manger du chocolat les yeux fermés, les jambes al- longées sur le tableau de bord. Le sable. Le rocher Percé. Les cabanes de pêcheurs. Les boutiques de sou- venirs d’où j’ai rapporté une casquette de capitaine. Notre déception quand on a réalisé que la baleine qui faisait du surplace au loin depuis les deux dernières heures, n’était qu’une roche cachée à la surface. Deux beaux cornets, on fait.

Laisser un commentaire