Catégorie : Les petites virées

Du bois, de la laine et une yourte

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Quelque part en septembre, je suis partie, en compagnie des sulfureuses Hélène et Sarah, à la recherche d’un quelque part qui étirerait l’été. Même si septembre est mon mois préféré, il a le chic de m’attendre avec un coup de poêlonne sur la noix de « T’es revenue de vacances? QUIENS, LES 34 NUITS BLANCHES QUI T’ATTENDENT ».

De l’air. Un sac de papier brun rempli de pâturages et de déni. Voilà ce dont j’avais besoin.

Chevelures ondoyant dans la brise et petites barres tendres du randonneur dans nos bourses tout-terrain, nous avons donc mis le cap sur la MRC de Maskinongé, un cap sur lequel je n’avais jamais pointé pied (et qui m’évoquait plutôt un vague poisson dans un bol de cerises (… de Maskinongé. Oui.)). Rassurez-vous, mon étrange conception de la chose a rapidement pris le camp dès notre première halte, le Magasin général Lebrun.

Formidable bijou d’architecture né de la réunion de trois magasins généraux construits entre 1803 et 1915, le Magasin général Lebrun a, hélas, cessé de vendre caleçons, charcuteries et timbres-poste depuis 1974. Désormais mi-musée mi-boutique, et coiffés d’une formidable salle de spectacle, les lieux sont restés intacts. Mais intacts; la guillerette jeune femme qui nous accueillit nous certifia d’ailleurs que tout, mais tout ce qui nous affriolait les pupilles était « d’origine » : les planchers, les comptoirs, les lustres, la fille qui faisait des lattés, les poutres…
même la peinture. La peinture du temps, toé!

Je pouvais bien avoir le  feeling transi  qu’Émilie Bordeleau avait accouché dans un coin de la pièce; LA PEINTURE en chantait encore la dernière poussée pelvienne. Magnifique. La visite de la salle de spectacle à l’étage fut tout aussi saisissante, de par la beauté des boiseries, du piano mécanique et des nombreuses catins géantes aux mollets de satin qui, après une brève frayeur et un contact visuel furtif, me laissèrent arpenter les lieux à mon goût.

Après m’être assurée que lesdites poupées géantes ne m’avaient pas suivie, j’étais impatiente d’aller caresser des alpagas (une urgence à laquelle il faut TOUJOURS répondre). Mais tout juste avant, Sarah, notre impétueuse photographe, n’a pu livrer bataille à sa pressante envie de s’élancer, telle une biche dans la brise, vers un enclos où se dandinaient deux juments aux coiffes Nanette-Workmanesques près du magasin.

La visite fut brève.

Sarah a pris un violent choc de clôture électrique sur son petit bras trop enthousiaste. Hélène et moi, un  choc  nerveux  post-possible-attaque-chevaline-petites-mains-en-kung-fu-mayday. Il était temps pour nous d’aller tâter d’autres bestioles, le regard torve des alpagas étant promesse de meilleur réconfort que l’odeur de roussi de la chevelure de Sarah,
encore grésillante du choc. (Elle va bien. Signes vitaux à l’appui et poussée de Heimlich prête à être administrée à tout moment. Pauvre caille).

Arrivées à Alpaga de la Mauricie, sublime domaine de Saint-Boniface érigé sur les terres ancestrales de la famille Paquin, nous avons vécu, ma foi, étrange rencontre. C’est qu’un enclos de 92 alpagas, ça se meut sur un temps rare, quand ça entend ton chouclaque faire craquer une brindillette.

Fascinantes, fascinantes créatures. À mi-chemin entre un diplodocus et un caniche royal élevé au grain, l’alpaga est de loin l’animal le plus insaisissable qu’il m’ait été donné de rencontrer. À la seconde où le troupeau a perçu notre présence, toutes, TOUTES les bêtes se sont ruées vers nous, dans un ballet à la fois lent, cérémonial et pétri d’un calme mêlé d’excitation (mais une excitation qu’ils ne semblent pas être en mesure de gérer. Leur apparent calme prend donc le dessus avec une petite paupière qui frétille). Autant de coiffures funkys que de cous de huit mètres de haut; regards pénétrants et cils démesurés qui se demandent ben ce qu’ils font tous sur une même paupière, je vous confierai que l’amante du monde animal que je suis fut incapable de soutenir un seul regard.

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Les alpagas semblaient connaître tous mes secrets : le petit cup de yogourt vide qui traîne à côté de ma poubelle. Le laser bâclé de ma moustache. Mes amours déçus, mon astigmatisme et ma peur de l’abandon; je vous jure. Fixez un alpaga direct dans les prunelles et vous vacillerez aussi (d’un amour immédiat, mais prudent, certes).

Magalie Beaulieu, chaleureuse femme d’affaires et propriétaire des lieux, nous a ensuite révélé moult secrets sur les bêtes, comme l’étonnante tendance qu’ont apparemment les alpagas mâles de vouloir castrer leurs semblables d’une franche mordée – UNE MORDÉE – pour s’assurer le petit banc du mâle alpha de la gang. Avec leurs petites dents d’en arrière, là. Quelque chose de simple. Par chance, ils sont doux. Doux doux doux doux doux. Nous nous
concentrâmes donc sur les pompons de tête et les petites fesses dodues. Ne pas penser aux dents. Ne pas penser aux bourses. Rêvasser aux jetées luxueuses de la gamme Maurice.

Quelques coups de roue plus tard, les trois rangers du risque que nous étions devenues arrivaient à Saint-Élie-De-Caxton, mythique village du conteur le plus persuasif (et le plus bouclé) du Québec. La journée était magnifique; et ce qui était chouette, c’est que, par le plus grand des hasards, c’était jour de fête à Saint-Élie. « La petite fête du village », qu’ils l’appelaient. Comme ça. Pour le plaisir des chars allégoriques approximatifs et des banderoles confectionnées par les gens de la place. Les lieux étaient tels que Fred Pellerin nous les murmure depuis tant d’années : furieusement accueillants, chaleureux et saucés de cette impression que tante Jocelyne observe ce que t’es après faire pour aller conter ça à son voisin Yvon, le monsieur en bas jaune serin. Coup de cœur sur-le-champ. C’est d’ailleurs le cœur rosi qu’on en a profité pour aller scèner du côté de Rond coin, une terre vierge tout à côté, défrichée il y a 10 ans par Kevin Gélinas et Marylène Deschênes pour la transformer en saisissant site où ils construisirent toutes sortes d’habitations nomades du monde.

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Une yourte mongole, douillette hiver comme été. Une roulotte gitane multicolore avec son lit baldaquin et ses petites nappes en dentelle. Un camion romanichel (anciennement camion à lait, entièrement redécoré par une vraie gitane qui lit, en les arbres, la magie). Une tente prospecteur (comme celles dans lesquelles les petits pères du temps de la prospection minière dormaient en pain). Des camps de bûcherons, un chalet et plusieurs sites de camping sauvage. Un lieu d’une infinie beauté, je vous le confie en mille. Et bâti des mains du couple, formidable duo qui avait envie de partager leur petit coin de paradis avec familles, couples et amants du « pas d’électricité ». À l’accueil, une yourte géante où grillent des « gridchises » offre un immense espace conique coiffé de spectaculaires boiseries, où tu peux siroter ton thé en regardant le temps passer ou en attendant ton petit massage aux coquillages polynésiens chauds (mais juste si t’as fini ton « gridchise »).

Il s’en passe bien, des affaires, dans la Mauricie! Bon sang de bonsoir, je reviendrai, sleeping bag brandi.

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Texte : Catherine Ethier
Photos : Sarah Babineau

 

Dîner en haut des nuages

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Texte: Mathieu Lachapelle
Photos: Tamy Emma Pepin
Drone: Benjamin Rochette

Il est 4 h 30 — le chalet dort encore parce qu’évidemment, tout le monde vient à peine de se coucher. On se déplace doucement à pas de danse afin d’éviter de tapager plus fort que les crépitements du foyer qui s’endort finalement. Paquetage en un temps record. Les zips et les clics des attaches et fermetures éclair de nos sacs sont faits dans la plus grande discrétion. Mais malgré nos efforts, les moindres sons résonnent dans la mezzanine de notre chalet moderne tout blanc où dort le reste de l’équipe. Tortillas, sauce piquante, limes, avocats, tofu râpé et fromage gouda fumé sont déposés sur la banquette arrière pour une collation mexicaine épique en haut des montagnes.

Du grand Charlevoix
Une épaisse brume revêt la coquette baie de madame Saint-Paul. Au travers des routes sinueuses, on entre et sort du brouillard comme dans une montagne russe à Disney World. À droite, le grand fleuve vêtu de ses plus beaux habits, à gauche la végétation du grand Charlevoix qui épouse la chaussée jusqu’à notre première destination : un vaste champ vert petit pois où séjourne le bolide aérien de monsieur Provencher, propriétaire de Héli-Charlevoix. Considéré comme l’indétrônable guide de Charlevoix, parce qu’il l’explore depuis plusieurs années, monsieur Provencher a accepté de nous accompagner pour quelques steppettes de haute voltige… Par pitié, peut-être, après qu’on lui ait déployé notre plan de champions : faire cuire des quesadillas sur la pointe la plus dominante de la région. Et c’est lui qui allait nous servir de guide.

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Le vent dans les tacos
Ébouriffés par le vent des hélices, on enjambe, poêlon à la main, la porte de l’hélico pour un survol de la région en quelques minutes. Puis, l’hélicoptère s’arrête pour une pause chambranlante sur un sommet de montagne aux allures surréelles. Vêtues d’un couvre-sol spongieux, les grandes montagnes nous accueillent à bras ouverts avec ce point d’interrogation au milieu du front. Qui prendrait son avant-midi à faire voler des tacos au gré du vent? On n’allait tout de même pas se contenter de quelques clichés comme les autres clients de monsieur Provencher. Non. On a tout apporté pour un snackà flanc de colline.

Formule de politesse avec notre guide, il nous salue de la main en prenant bien soin de nous pointer bébé ours qui gambade dans le lichen. Intrus dans son terrain de jeu, on lui envoie un signe de peace un peu crispé, en lui faisant savoir que notre passage dans sa cour de récré ne durera que le temps d’un dîner rêvé à la mexicaine.

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La ferme au pied levé à Magog

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Texte : Julia Mateian
Photos : Frédéric Beauchamp

Vendredi matin, 10 h, on sillonne les petites rues de Magog pour découvrir un magnifique gîte, unique en son genre. Tout en montant la colline où se trouve la ferme, on ne peut s’empêcher de s’exclamer à la vue du terrain et de ses environs. Le design du bâtiment principal est très linéaire, aux allures modernes, mais s’intègre à merveille avec les lieux. Sitôt descendus de la voiture, on se fait chaleureusement accueillir par deux toutous, gardes de la propriété. Sourire en coin, on se dirige vers l’entrée où nous faisons la connaissance de Marie-Thérèse et Denis, propriétaires, aussi attachants l’un que l’autre. Nous étions fébriles à l’idée d’en apprendre un peu plus sur ce petit coin de paradis!

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Une nouvelle vie
« Et si on s’achetait des vaches? » nous raconte Marie-Thérèse. Il y a 10 ans, le couple, originaire de la Rive-Sud de Montréal, se cherchait un (petit) terrain. Après plusieurs promenades en région, c’est sur ce domaine qu’ils ont décidé de s’installer. À l’origine, on y trouvait une grange ainsi qu’une maison datant des années 1930, peu entretenue. Ce n’est que quelques années plus tard que la maison actuelle fut construite, à l’image des propriétaires, par l’architecte Patrick Morand.

Sans aucune expérience sur une terre agricole, le couple a décidé de se lancer tout d’abord dans la production de sureau, un colorant alimentaire. En raison d’un hiver précipité, ils ont malheureusement dû abandonner cette idée et ne voulant pas perdre une année, ils ont décidé de faire l’achat d’animaux – c’est à ce moment que l’aventure à réellement commencé.
« On n’avait pas dans l’idée de faire de l’agriculture, c’est un concours de circonstances », explique Marie-Thérèse. Une dizaine de vaches Highland et leur taureau, des chèvres, des canards, des oies, des poules, des porcs – une diversification intéressante s’est créée avec les années. Chaque troupeau est choisi avec soin et les propriétaires veillent attentivement à leur bien-être. Denis, designer d’exposition de profession, a tout appris par lui-même; de la façon de manier correctement une scie jusqu’à conduire un tracteur. Quant à Marie-Thèrèse, sa formation d’infirmière l’aide souvent à prendre soin des animaux.

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Dans la cuisine
Il y a 5 ans, c’est dans sa propre cuisine que Marie-Thérèse a commencé à fabriquer ses produits maison. « Ma tourtière s’inspire de celle du Pied de Cochon mais à la place du jarret de porc braisé, je le fais confire » nous dit-elle. Leurs produits ont rapidement capté l’intérêt des fins connaisseurs qui reviennent ici, saison après saison, chercher leurs produits préférés. Par contre, il faut faire vite, car les quantités sont limitées. « Nous n’avons que cent poulets et les poitrines disparaissent dans le temps de le dire! » renchérit Marie-Thérèse. Le secret réside sans aucun doute dans la qualité de leurs ingrédients et comme elle le mentionne « On mange ce qu’on voit ».

Les animaux sont très bien traités, élevés en pâturage et nourris avec des grains biologiques. « On amène le boeuf à maturité environ 11 mois plus tard que les autres producteurs. Ça coûte plus cher, mais la viande est drôlement meilleure. »

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On nous suggère ensuite la table champêtre, expérience culinaire possible pour les groupes de 6 à 20 personnes. Un menu sans menu, des plats inspirés de la saison, 6 services au choix du chef (ou moins, à la demande), un souper où on apporte son propre vin. Pour 50 $, on peut déguster des raviolis à la pintade, des côtelettes de veau, du chevreau ou même une tarte Tatin servie avec la crème glacée du pomiculteur voisin – un vrai délice!

Au pied levé
Le nom de la ferme vient de l’expression au pied levé, « car nous sommes toujours prêts à vous recevoir! », explqiue Marie-Thérèse. Depuis mai dernier, la ferme accueille également ses hôtes dans l’une de leurs 5 chambres dont la décoration sort tout droit d’une maquette Pinterest. Des lits douillets, des planchers modernes en béton et des accessoires aux allures rustiques chics nous donnent envie d’y passer une nuit de plus. On a hâte au petit déjeuner pour déguster les madeleines faites maison tout en sirotant un café réconfortant. On passe l’après-midi à visiter la ferme, observer les animaux, faire une randonnée pour revenir se prélasser dans le salon douillet, à côté du feu de foyer, livre à la main. C’est si facile de s’approprier les lieux et de s’y sentir à la maison!

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Avant de partir, on passe par la boutique chercher quelques (plusieurs!) plats congelés et une peau de vache magnifique pour donner une touche chaleureuse à notre chez-soi. On embrasse les deux propriétaires et on leur promet de revenir très bientôt.

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