Bouffe tendance

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Le quinoa, le chou kale, les graines de chia sont des aliments très prisés aujourd’hui, mais qui, quelques années plus tôt, demeuraient presque inconnus. Chaque année, de nouvelles tendances foodies sont au rendez-vous. Mais comment ces tendances alimentaires ont-elles déterminées ?

Les légumineuses, les épices africaines et les algues font partie de ces aliments qui auront la cote en 2016. Ils ont d’ailleurs été cités par trois médias différents, et pour Bernard Lavallée, qui dresse un palmarès annuel des aliments en vogue sur son blogue Nutritionniste Urbain, chacun y va selon ses propres observations et en interrogeant des experts en marketing alimentaire et en cuisine.

« Les tendances partent de plusieurs : restaurants, supermarchés, blogues, chefs cuisiniers. Certaines entreprises font des études de marché, pour ensuite promouvoir des aliments en particulier », explique-t-il.

Pour sa part, l’homme diplômé en nutrition baigne dans le milieu foodie depuis quelques années, et établit des tendances selon ses impressions « pour s’amuser ». « Et j’ai parfois raison! », déclare-t-il en riant.

Pour Gale Ellen West, professeure en sciences de la consommation à l’Université Laval, l’industrie et les consommateurs ont chacun leur rôle à jouer dans les penchants alimentaires. « L’industrie décide des saveurs qu’elle veut mettre en vedette, de la même façon qu’un designer de mode décide quelles palettes de couleurs seront tendances cette saison. »

Cette planification découle rarement du fruit du hasard; les experts marketing des entreprises alimentaires tentent de prédire les futures tendances en se basant notamment sur l’engouement des consommateurs pour certains produits. « Les ventes en épicerie sont analysées, les produits qui semblent vendre le plus sont examinés, les restaurants sont sondés pour permettre aux entreprises de décider quels seront les prochains produits lancés », explique Mme West.

Suivre la population et les tendances déjà existantes
Ainsi, certaines tendances se suivent et évoluent sur de longues périodes. « L’alimentation durable est un concept promu depuis quelques d’années et a plusieurs visages, comme celui de la lutte contre le gaspillage alimentaire », indique le Nutritionniste urbain, Bernard Lavallée.

La tendance naturelle (que Dînette a d’ailleurs explorée dans son dernier numéro) ne cesse également de s’amplifier de par une conscientisation grandissante des enjeux nutritionnels et écologiques de la nourriture, mais aussi par le vieillissement de la population, qui a aussi contribué à mettre la santé et les aliments sains au premier plan chez les consommateurs.

En effet, selon une étude sur la dynamique et les tendances des marchés au sein du secteur agroalimentaire québécois, le profil de la population et son évolution sont à la base des choix et des habitudes des consommateurs. Ainsi, la réduction de la taille des ménages signifie que les portions des repas diminuent également, et les habitudes alimentaires se modifient aussi; on achète en plus petite quantité, et on se permet de se faire plaisir de temps à autre. De plus, la présence des deux parents sur le marché du travail complique la gestion du temps de préparation des repas, qui a beaucoup diminué. Pas étonnant que les repas semi-préparés, mais comportant des ingrédients sains, aient la cote!

Enfin, les entreprises et les restaurateurs remarquent la popularité de certains aliments et tentent d’en proposer d’autres s’inscrivant dans la même lignée. « C’est ainsi que l’entrée des aliments thaïs, épicés et très appréciés par les consommateurs, a été suivie par la promotion du chipotle, puis de la sauce Sriracha », indique la chercheuse Gale West, qui croit d’ailleurs que les épices africaines se retrouveront bientôt au goût du jour. « Chaque pays a pratiquement sa section au supermarché (thaïlandaise, mexicaine, etc.), il s’agit de la prochaine région culinaire », souligne-t-elle.

Que nous réserve la suite de 2016? Il faudra voir comment les tendances actuelles évoluent déjà! En attendant, mode ou pas, on espère que Dînette pourra vous inspirer dans vos propres tendances : pour faire suite à nos recherches, voici notre propre palmarès des tendances 2016!

PA L M A R È S D E S  T E N DA N C E S  A L I M E N TA I R E S 2 0 1 6 ( Selon DINETTE)

1 . Moins de viande, plus de protéines végétales
Depuis l’avènement du végétalisme, les recettes sans viande prolifèrent, et les légumineuses et autres protéines végétales – tofu, tempeh, seitan, etc. – sont davantage considérées comme de bonnes options moins chères que la viande. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture a par ailleurs nommé 2016 l’année
internationale des légumineuses, étant donné leur apport nutritionnel et leur faible coût. Et pour les plus carnivores d’entre nous, la compagnie américaine Impossible Foods est en train de concocter un burger entièrement végétal au vrai goût de boeuf, grâce à la molécule d’hème, qui donne à la viande son goût juteux et qui est aussi présente dans les plantes.

2 . Les pâtes végétales
Vous connaissez les spiralizeurs? Ces appareils permettent de transformer carottes, courgettes, betteraves, et tous les légumes que vous désirez en longues spirales toutes fines… bref, en pâtes! Parions que cette mode plaira aux personnes qui évitent le gluten et les féculents!

3 . Les « Moches »
Les fruits et les légumes qui étaient autrefois boudés des supermarchés à cause de leur apparence peu esthétique ont désormais leur place sur les tablettes; depuis l’année dernière, plusieurs supermarchés canadiens offrent des fruits et légumes « naturellement imparfaits ». Des paniers de produits moches sont même désormais offerts par l’organisation montréalaise Second Life, qui vient de créer sa propre marque d’aliments moches, Beautifood.

4 . Les insectes, petit à petit
Outre pendant l’événement Croque-insectes à l’Insectarium de Montréal, qui a eu lieu de 1993 à 2005, la dégustation d’insectes ne semble pas encore se prêter aux moeurs culinaires québécoises. Néanmoins, chenilles, sauterelles, grillons et autres bestioles font partie de l’alimentation de milliers de personnes à travers le monde. Riches en nutriments et faciles d’élevage, les insectes ont leur chance sur le marché nord-américain. À Montréal, deux restaurants mexicains, Ta Chido et La Selva, se sont récemment mis à proposer des plats à base d’insectes.
Par ailleurs, la compagnie québécoise Hexa Foods a lancé de la nourriture pour chiens à base de farine de grillons, une pratique qui se développe également en Europe pour les farines destinées aux animaux d’élevage.

5 . L’ épicé, toujours et encore
Après le chipotle et la sriracha, place aux épices africaines, selon plusieurs palmarès, et également selon Gale Ellen West. Ainsi, les mélanges d’épices dukkha, berbère, harissa, ras-el-hanout et tsire, utilisés dans différentes régions du continent africain pourraient être mis encore plus de l’avant dans les restaurants et sur les tablettes d’épicerie comme assaisonnement de plats.

Texte: Déborah Grausem
Illustration: Sébastien Thibault

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