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Soupe de panais et oignons rôtis, bleu, graines de citrouille

Préchauffer le four à 200°C (400°F).
1 . Dans un grand bol, mélanger le panais, l’ail, l’oignon et l’huile d’olive. Assaisonner, puis déposer sur une plaque tapissée d’un papier parchemin. Enfourner 25 à 30 minutes en remuant de temps en temps jusqu’à ce que les légumes soient tendres et bien rôtis.
2 . Pendant la cuisson des légumes, chauffer doucement le bouillon et les haricots dans une casserole.
3 . Retirer les légumes du four et les déposer dans le bol d’un mélangeur avec le bouillon, les haricots et le citron. Broyer jusqu’à ce que la préparation soit bien lisse. Passer dans un tamis si nécessaire. Déposer dans une casserole, chauffer à feu doux et rectifier l’assaisonnement au besoin.
4 . Servir bien chaud. Garnir de fromage bleu émietté, de graines de citrouille, de thym et d’huile de canola vierge.

Ingrédients:
1 litre (4 tasses) de panais pelés et coupés grossièrement
10 gousses d’ail pelées
2 oignons moyens pelés et coupés en petits quartiers
45 ml (3 c. à soupe) d’huile d’olive
1,5 litre (6 tasses) de bouillon de volaille ou de légumes
540 ml (19 oz) de haricots blancs en conserve, rincés et égouttés
30 ml (2 c. à soupe) de jus de citron frais
85 ml (1/3 de tasse) de fromage bleu
30 ml (2 c. à soupe) de graines de citrouille rôties
Quelques branches de thym frais effeuillées
Quelques traits d’huile de canola vierge
Sel et poivre du moulin

Le Pleine Lune, prunes caramélisées, fenouil, pistaches

Préchauffer le four à 215°C (425°F).
1 . Mélanger les prunes, 15 ml (1 c. à soupe) de l’huile d’olive, le miel et une pincée de sel. Déposer sur une plaque tapissée d’un papier parchemin. Enfourner environ 10 à 15 minutes en retournant à mi-cuisson. Les prunes devraient être rôties et caramélisées.
2 . Étaler les cubes de pain sur une plaque et enfourner environ 10 minutes ou jusqu’à ce qu’ils soient bien dorés.
3 . Déposer les morceaux de fromage sur une plaque. À l’aide d’une torche, brûler jusqu’à ce que le fromage soit bien fondant et rôti.
4 . Mélanger la roquette, les pousses et le fenouil avec le reste de l’huile d’olive et le vinaigre balsamique. Assaisonner et disposer dans des assiettes. Garnir de prunes, de fromage rôti, de pistaches et de croûtons de pain aux noix. Saupoudrer d’un peu de fleur de sel et de poivre. Servir aussitôt.

Ingrédients:
8 prunes fermes dénoyautées coupées en petits quartiers
65 ml (1⁄4 de tasse) d’huile d’olive et un peu pour la finition
10 ml (2 c. à thé) de miel
190 ml (3⁄4 de tasse) de pain aux noix coupé en petits dés
1⁄2 fromage Le Pleine Lune (Fromagerie 1860 Du Village) coupé en 8 morceaux
4 poignées de roquette
2 poignées de pousses au choix
250 ml (1 tasse) de fenouil en fines lamelles
15 ml (1 c. à soupe) de vinaigre balsamique blanc
45 ml (3 c. à soupe) de pistaches rôties
Sel et poivre du moulin

Feta, olives chaudes, tomate Heirloom, marjolaine

Préchauffer le four à 230°C (450°F).
1 . Couper le feta en gros cubes et déposer dans un plat à cuisson.
2 . Mélanger l’huile, l’ail, les olives et la marjolaine, puis verser sur le feta. Poivrer généreusement et enfourner 10 à 15 minutes ou jusqu’à ce que le feta soit légèrement rôti et le reste des ingrédients bien chauds. Retirer du four.
3 . Garnir de tomates coupées en quartiers et servir tel quel ou avec un bon pain frais.

Ingrédients:
225 g (1⁄2 lb) de fromage feta (Fromagerie Marie Kadé)
65 ml (1⁄4 de tasse) d’huile d’olive
2 gousses d’ail émincées
190 ml (3⁄4 de tasse) d’olives mélangées
4 branches de marjolaine fraîche effeuillées
2 grosses tomates Heirloom à température ambiante
Poivre du moulin

Salade de champignons, riz sauvage, Le Frère Chasseur

1 . Déposer les échalotes dans un grand bol d’eau froide avec une pincée de sel et laisser reposer environ 10 minutes. Égoutter et éponger sur un papier absorbant.
2 . Verser la moitié du vinaigre sur les échalotes. Saler, puis masser avec les mains pour faire pénétrer. Verser l’autre moitié du vinaigre sur le riz et mélanger. Réserver.
3. Émincer finement les champignons au couteau ou à l’aide d’une mandoline et disposer harmonieusement dans 4 assiettes.
4. Garnir de riz sauvage, arroser d’huile d’olive, puis d’huile de noisette et saupoudrer de fleur de sel, de poivre et de persil. Terminer en répartissant les échalotes et les rosettes de fromage.

Ingrédients:
85 ml (1/3 de tasse) d’échalotes françaises émincées
45 ml (3 c. à soupe) de vinaigre de vin blanc
375 ml (1 1⁄2 tasse) de champignons blancs bien frais
375 ml (1 1⁄2 tasse) de champignons café bien frais
125 ml (1⁄2 tasse) de riz sauvage cuit à l’eau salée, puis refroidi
45 ml (3 c. à soupe) d’huile d’olive
45 ml (3 c. à soupe) d’huile de noisette
65 ml (1⁄4 de tasse) de persil plat effeuillé, haché grossièrement
225 g (1⁄2 lb) de rosettes de fromage Le Frère Chasseur (Fromagerie Au Gré des Champs)
Fleur de sel
Sel et poivre du moulin

Chips d’épluchures de pommes de terre et patates douces

Préchauffer le four à 160°C (325°F).
1 . Mélanger l’eau, le sel et le vinaigre jusqu’à ce que le sel soit dissous. Y plonger les épluchures et laisser reposer 30 minutes. Bien égoutter et éponger sur du papier absorbant.
2. Déposer les épluchures dans un bol, arroser d’huile d’olive. Bien mélanger avec les mains pour s’assurer que toutes les épluchures sont recouvertes d’huile.
3 . Étaler uniformément sur une ou deux plaques tapissées d’un papier parchemin. Enfourner 20 à 30 minutes ou jusqu’à ce que les chips soient dorées et bien croustillantes. Saupoudrer de levure alimentaire et de fleur de sel, puis servir.

Note: Il est très important de bien laver les légumes avant de les éplucher. On peut faire ces chips d’épluchures avec d’autres légumes comme le panais, la carotte et le navet. Il est possible, par contre, que le temps de cuisson diffère légèrement d’un légume à l’autre.

Ingrédients:
750 ml (3 tasses) d’eau froide
30 ml (2 c. à soupe) de sel
85 ml (1/3 de tasse) de vinaigre blanc
Épluchures de 3 grosses patates douces
Épluchures de 3 grosses pommes de terre
30 ml (2 c. à soupe) d’huile d’olive
Levure alimentaire au goût
Fleur de sel

Couscous, aubergine, cari et patate douce dans un chaudron

1 . Chauffer l’huile dans un chaudron et dorer l’oignon, l’ail, la patate douce et l’aubergine quelques minutes jusqu’à ce qu’ils commencent à s’attendrir. Assaisonner, ajouter le cari et poursuivre la cuisson encore 2 minutes.
2. Ajouter les merguez, les pois chiches et le bouillon. Porter à ébullition et laisser frémir 1 minute. Ajouter le couscous, remuer, couvrir et retirer du feu. Patienter 5 à 10 minutes, remuer et servir avec la coriandre et la lime.

Note: Nous adorons cette recette comme « vide frigo », car on peut y intégrer les légumes qu’on a sous la main. On ajoute une protéine et on a un repas complet hyper facile à faire en camping!

Ingrédients:
Un bon trait d’huile d’olive
1⁄2 oignon moyen émincé
1 gousse d’ail hachée
250 ml (1 tasse) de patate douce en petits cubes
1 petite aubergine coupée en demi sur la longueur, puis tranchée
5 ml (1 c. à thé) de poudre de cari
4 saucisses merguez préalablement cuites à l’eau et coupées en tronçons
250 ml (1 tasse) de pois chiches égouttés
500 ml (2 tasses) de bouillon de volaille ou de légumes
250 ml (1 tasse) de couscous moyen
4 branches de coriandre effeuillées
4 gros quartiers de lime
Sel et poivre du moulin

Cultiver les savoirs

Sur la route, aux environs de Cuzco au Pérou, j’aperçois à travers les nuages une sorte de temple perché sur le flanc de la montagne. Ce n’est pas un temple. C’est un grenier inca. Installé à la bonne altitude, de manière à être exposé aux grands vents, où la circulation d’air est constante, l’endroit est idéal pour conserver les denrées entre les récoltes, et même pendant des années. Il n’y a pas à dire, les Incas avaient beau être doués en architecture, ils avaient incontestablement le pouce vert et maîtrisaient l’art du zéro déchet bien avant l’invention du mot-clic.

Même constat en arrivant au site archéologique de Moray, où se situent les fameuses terrasses aux allures d’amphithéâtre, où les Incas faisaient des expériences agricoles. À 3 500 mètres d’altitude, ils y testaient la culture de diverses plantes sur des surfaces s’étalant sur différents niveaux. En effet, chaque palier mesure de deux à trois mètres de haut et suit l’inclinaison naturelle de la montagne. Des pierres emboîtées sont installées au bout de chaque palier, de manière à les maintenir en place, mais aussi à retenir la chaleur des rayons du Soleil pendant le jour, afin de la diffuser dans la terre pendant les nuits fraîches. Tout un système d’irrigation a aussi été pensé et conçu pour irriguer convenablement chaque terrasse.

C’est à un jet de pierre de cet endroit emblématique de la culture agricole inca qu’est installé Mater Iniciativa, le centre de recherche du chef Virgilio Martinez et de son extraordinaire équipe. Celui que nous avons découvert dans l’épique série documentaire Chef’s Table sur Netflix a entrepris son projet de recherche à Lima, en lien avec son restaurant Central, nommé 6e meilleur restaurant au monde, selon le palmarès de The World’s 50 Best Restaurants en 2018. De fait, chaque moment (service) de son menu dégustation met en vedette les aliments, plantes et fleurs qui poussent à une certaine altitude au Pérou. Son équipe explore tous les écosystèmes, de la jungle amazonienne à la puna glaciale, pour documenter les espèces du pays, leur utilisation médicinale ou culinaire et toutes les traditions qui les entourent. En collaboration avec les peuples autochtones qui vivent à même ces écosystèmes, ils prennent aussi le temps de tisser des liens honnêtes et respectueux avec eux.

Au laboratoire de Moray, l’équipe s’intéresse spécifiquement aux espèces de la région qui figurent d’ailleurs au menu du restaurant MIL, dans le même espace. C’est donc dans la petite maison de terre au toit en chaume que tout prend forme et que les espèces ancestrales reviennent à la vie, par l’entremise du savoir-faire des anciens vivants dans les deux communautés avoisinantes.

Dans l’entrée, des dizaines de plantes sont épinglées sur des cordes, en train de sécher, avant d’être apposées dans un magnifique herbier. « Il y a beaucoup d’informations qui se sont perdues à travers le temps, raconte María Pía Uriarte, codirectrice des opérations de Mater Iniciativa. Nous demandons donc aux personnes âgées de la communauté de cueillir des plantes, de nous apprendre leur nom commun et leur utilisation traditionnelle. Puis, nous les documentons parce que nous ne voulons pas perdre ce savoir. Nous avons plus de 250 plantes dans notre herbier en ce moment. »


Au-delà de l’identification des plantes, les membres des communautés de Mullak’as-Misminay et Kacllaraccay aident aussi aux semences, à la culture et aux récoltes des plantes. Ils sont donc payés pour travailler la terre avec leurs précieuses connaissances transmises de génération en génération. Par exemple, ils utilisent différentes solutions à base de plantes et de piments forts pour éloigner les insectes nuisibles au lieu d’utiliser des intrants chimiques. Ils peuvent ensuite garder 50 % des récoltes pour leurs propres besoins. Le reste se retrouve sur la carte du MIL et du Central, puisqu’ils ont un moment (service) dans leur menu dégustation consacré à l’environnement de Moray.

Mais avant que cette collaboration ne voie le jour, il a fallu du temps pour gagner la confiance des membres de la communauté et leur faire comprendre la vision de Mater Iniciativa. « Au départ, ils étaient un peu inquiets de nous transmettre leurs connaissances, parce que nous sommes dans leur environnement, ajoute María Pía Uriarte. Nous sommes des touristes ici, même si nous sommes péruviens. Cela nous remplit donc de joie quand nous gagnons la confiance de quelqu’un dans la communauté. »

Ce lien de confiance s’est notamment tissé grâce au travail minutieux de l’anthropologue Francesco D’Angelo, qui s’est rendu dans les villages pour expliquer comment Mater Iniciativa pouvait contribuer au bien de tous. « J’ai fait un travail de terrain pendant un mois avant d’inclure les communautés dans le projet, précise-t-il. La réciprocité et la redistribution sont au cœur des pratiques les plus importantes dans ces communautés.

Par exemple, le partage des repas, des tâches de travail et aussi, de la chicha de jora (bière de maïs) est ancré dans leur quotidien. Pendant le jour, les femmes préparent la chicha et les repas, alors que les hommes travaillent au champ. Mais à la fin de la journée, tout le monde se retrouve pour danser et célébrer le fait d’avoir tous travaillé ensemble. » Or, après chaque journée de travail, un verre de chicha de jora est offert à tout le monde chez Mater Iniciativa, afin de maintenir la tradition du « travailler ensemble ».


C’est aussi une façon toute simple de remercier les membres des communautés d’être venus travailler dans leurs champs. « Contrairement aux organismes non gouvernementaux (ONG), nous ne faisons pas la charité, ni de dons, insiste Francesco D’Angelo. Ces gens ne travaillent pas pour nous, ils travaillent avec nous. C’est une pratique habituelle pour ces communautés de bâtir une relation sociale entre eux. Mais c’est aussi une pratique qui est en train de se perdre. » Dans certains villages, depuis que les tisseuses ont commencé à gagner beaucoup d’argent en vendant leurs créations aux touristes, le troc se fait de plus en plus rare. Elles n’ont plus le temps de partager du temps, justement. « C’est correct aussi, parce qu’elles ont besoin d’argent, ajoute Francesco D’Angelo. Mais, c’est bien de voir que certaines communautés maintiennent cette façon de faire, malgré tout. Puis, nous bénéficions à notre tour de leurs connaissances et de leur aide précieuse. Nous apprenons aussi comment partager nos apprentissages et nos observations avec des gens qui ne comprennent pas comment fonctionne une communauté paysanne. » Une notion si simple, mais qui tend à se perdre dans l’oubli, ici comme ailleurs.

En plus d’inclure les communautés dans les champs, il y a toujours deux postes de disponibles dans la salle à manger et en cuisine chez MIL. « Nous ne voulons pas qu’une seule personne en bénéficie, précise María Pía Uriarte. Chaque communauté vient pendant un mois et après, c’est au tour de la communauté voisine. C’est très intéressant, parce qu’elles nous renseignent aussi à propos des techniques de cuisson traditionnelle et de certains ingrédients. Par exemple, un de nos desserts comprend des pommes de terre déshydratées par le froid (chuño blanc). »

À propos du partage de connaissances, Virgilio Martinez insiste pour que les résultats de leurs expérimentations soient accessibles à tous. Ce faisant, ces précieuses informations sont inscrites sur les murs de verre du laboratoire, comme les recettes de toutes leurs fermentations. Autour du jardin intérieur, il y a d’ailleurs plusieurs bouteilles contenant diverses plantes et autres denrées, notamment de petits poissons en pleine transformation. Mais qui dit altitude, dit adaptation des recettes, surtout quand l’activité des micro-organismes est impliquée. « Toutes les recettes provenant de Lima doivent être ajustées à cause de l’altitude », explique Diego Malhue Ramírez, codirecteur des opérations et roi de la fermentation.

« Par exemple, cela prend deux fois plus de temps pour fermenter des aliments ou des boissons. Il faut aussi ajouter deux fois plus de sucre pour obtenir le même résultat qu’au niveau de la mer, sinon il n’y a pas de bulles. »


Originaire du Chili, Diego Malhue Ramírez a étudié en gestion des affaires, après quoi il a travaillé en tant que cuisinier aux États-Unis et en Europe. Puis, arrivé au Pérou, il a fait appel à ses connaissances en finance pour le bien de son poste à Mater Iniciativa.

Par ailleurs, il s’occupe aussi du bar de MIL, où il prend un malin plaisir à utiliser ses fermentations pour allonger les cocktails de la maison. « Le simple fait d’être ici, isolé, me permet d’approfondir mes connaissances, confie-t-il. Puisqu’on manque parfois d’électricité et que l’internet ne fonctionne pas toujours, je lis beaucoup plus qu’avant et j’apprends différemment. La communauté m’a aussi appris à être plus patient. Il faut laisser la nature faire son travail. À ce sujet, je crois que Mater Iniciativa m’a surtout permis de me reconnecter avec la nature. »

La nature, cet espace si vaste, plus grand que nous, essaie souvent de nous ramener à elle, de nous rappeler d’où nous venons, qui nous sommes, et vers où aller. Au fil des époques, les temps changent, pas toujours de la bonne façon ni pour les bonnes raisons. L’exploit de Mater Iniciativa est sans doute une merveilleuse exception qui confirme la règle. « D’une certaine façon, nous voulons faire changer les choses, notamment la perception de nos voisins envers nous, mais aussi la façon dont les gens des grandes villes comme Lima perçoivent les paysans ou les membres des communautés autochtones », conclut Francesco D’Angelo.

Texte : Catherine Lefebvre
Photos : Jad Haddad

PONY – Lucy gone

Évoluant constamment dans un monde coloré où rappeurs et personnages imaginaires se côtoient sur fond naïf et enfantin, Pony rayonne, depuis quelques années déjà, dans les scènes montréalaise et internationale en tant qu’artiste visuelle. Bien ancrée dans sa sensibilité, elle défie les polarités de son univers et illustre les réalités souvent crues de ses expériences en les intégrant dans un monde ludique et joyeux aux couleurs vives et aux lignes relevant du dessin animé.

Déjà fan de son art, je voyais souvent passer ses projets sur Instagram, et voilà qu’en juin dernier, je suis tombée sur une de ses publications, honnête et bouleversante, dans laquelle elle célébrait une grande réussite personnelle : sa quatrième année sans consommer de cocaïne. Son message sans artifice nous menait dans les dédales sombres et sinueux de son passé, de son enfance torturée par la colère et l’anxiété pour finalement déboucher sur la finalité salvatrice de son parcours : sa propre renaissance – un message rempli d’espoir pour ceux qui vivent dans la détresse. Sa générosité désarmante suintait la vérité, la vulnérabilité et nous avons trouvé ça beau.

C’est un message positif et important.

Nous lui avons donc fait de la place dans nos pages pour illustrer ses propos et pousser son message encore plus loin. Et c’est dans ce même élan de dépassement, s’inspirant de la ligne directrice de ce numéro, que Pony a quitté sa zone de confort en délaissant le dessin et en s’installant littéralement au centre de son propre univers, protagoniste de sa victoire. Dans ces fresques d’une beauté qui lui est si singulière, elle y explore la dualité du bien et du mal, et surtout, la consécration de ses plus grandes batailles.

Peux-tu nous parler de ta démarche derrière le projet que tu as élaboré pour notre numéro Nu?
L’idée c’était de transposer certaines de mes illustrations en photos. Ce sont des illustrations qui ont une grande signification pour moi, qui sont représentatives d’événements ou d’états d’esprit dans ma vie, si on veut. La démarche était donc très personnelle, en lien avec des défis que j’ai eu à surmonter dans le passé.

Quels genres de défis?
Plusieurs choses, la boulimie, entre autres. Ça a duré une dizaine d’années. Contrairement à d’autres personnes qui choisiraient de ne pas en parler par peur de ce que les autres pourraient penser – parce que c’est un peu trash et pas super glorieux – pour moi, c’est ma plus grande fierté de m’être sortie de ça, d’avoir surmonté ces obstacles-là. C’est beaucoup plus important que n’importe quel prix que j’ai pu recevoir. Et ce qui me réconfortait le plus quand je vivais ces choses-là, que ce soit les troubles alimentaires ou la dépression, c’était de lire des témoignages ou de rencontrer des gens qui avaient vécu ce que je vivais et qui s’en étaient sortis.

Donc, c’est un peu comme ta façon de venir en aide à ceux qui vivent ces mêmes obstacles?
Tu te sens tellement seul et incompris quand tu vis ça parce que c’est très tabou. Oui on sait que ça existe, mais personne ne va en parler ouvertement. Tout le monde fait ça en cachette, il n’y a personne qui annonce qu’il s’en va se faire vomir lors d’un souper. (rires) Je pense que la solution pour que les gens restent le moins longtemps possible dans leur trouble – et je ne dis pas que c’est la seule solution – c’est de se sentir moins seul et de savoir qu’il y a de l’espoir. Et ça, on va y arriver en arrêtant de garder ces sujets-là tabous, en en parlant le plus possible. C’est pour ça que je tiens à en parler, même si ce n’est pas toujours beau.

Quel trouble a été le plus difficile à surmonter?
La boulimie parce que ça implique plusieurs choses qui sont toutes interreliées, dont l’anorexie et tout ce qui vient avec. Il y a beaucoup de dépendances liées à ça aussi. Les laxatifs, par exemple. J’en prenais plusieurs par jour, et j’ai fait ça longtemps. C’est super dangereux! Dans le fond je faisais tout pour me sentir le plus légère possible, c’était ça le but. C’est peut-être gross de parler de ça, mais c’est la réalité pour beaucoup de filles et beaucoup de gars. Tu ne penses jamais te rendre là, mais vient un point où tu trouves tous les moyens pour te sentir le plus vide, le plus léger possible – inexistant finalement. Les laxatifs, ça a vraiment été difficile parce que j’ai eu peur d’avoir ruiné mon système digestif à jamais. C’est comme si je l’avais abandonné et je pensais rester comme ça toute ma vie. Ça, c’était vraiment tough. Ça a pris deux ans avant que tout redevienne normal.

On sent qu’il y a un message positif dans ton art, est-ce que tu crois que cette époque difficile, mais formatrice, est derrière toi, est-ce que tu la regardes avec un certain recul maintenant?
Oui, je l’ai ce recul-là. Ça ne fait pas si longtemps en fait. La vérité c’est que c’est grâce au fait que j’ai eu un décollement de la rétine il y a environ un an et demi. Avant que ça arrive, j’avais souvent des rechutes de boulimie par moments, ce n’était pas au quotidien, mais ça pouvait arriver une fois par mois à cause du stress. Même si j’essayais de bien manger, si ça allait trop bien ou trop mal, ça m’arrivait encore.

Quand j’étais jeune, mon père a eu un décollement de la rétine. C’est grave, ça peut rendre aveugle! Il est parti d’urgence en hélicoptère parce qu’on habitait à St. John’s à Terre-Neuve et il n’y avait pas d’hôpital dans le coin qui pouvait l’opérer. Ça m’avait vraiment traumatisée, c’était ma pire phobie et ça a fini par m’arriver! C’est vraiment ça qui m’a aidée à arrêter complètement, à fermer ce chapitre-là. Ça m’a fait réaliser à quel point ma santé était importante. Ça n’a pas aidé mon hypocondrie, mais chaque chose arrive pour une raison.

J’ai l’impression que depuis ce temps-là, j’arrive mieux à voir la beauté dans les expériences négatives. Je focusse moins sur le : « Ah! C’est vraiment poche que ça arrive! » Maintenant, je me demande toujours ce que cette situation-là m’a appris et comment elle peut me faire grandir.

Est-ce que le décollement de la rétine avait un lien avec la boulimie?
Il y a de bonnes chances que ce soit en lien avec la boulimie. Parce que quand on vomit, la pression se ramasse derrière les yeux. Alors, faire ça pendant dix ans, à raison de quelques fois par jour, ce n’est pas l’idéal. J’étais peut-être prédisposée génétiquement au décollement de la rétine étant donné que c’est arrivé à mon père, mais dans mon cas c’est apparu précocement parce que c’est quelque chose qui arrive généralement aux gens beaucoup plus vieux.

En travaillant sur ce projet, tu as souvent fait référence à la dualité ange/démon pour représenter tes dépendances et tes réussites. Est-ce que cette dualité existe encore en toi?
Oui c’est sûr, c’est bien ancré en moi et c’est une image super importante. Le premier tattoo que j’ai eu se trouve sur mon doigt et il souligne mes trois ans sans cocaïne. C’est écrit en arabe et ça signifie : Lucy, gone (Lucy, parti). Kendrick Lamar (le rappeur) fait référence à Lucy dans ses chansons pour parler de Lucifer. Je trouvais que c’était tellement une belle façon poétique de parler de quelque chose d’aussi sombre. C’est aussi parce j’ai été élevée dans une maison tapissée de posters de Jésus, de prières et de croix parce que ma mère est une Palestinienne catholique très religieuse.

Quand j’étais jeune, j’étais une enfant très triste et colérique, hors de contrôle. Ma mère me disait souvent que j’avais un diable en moi, comme si j’étais possédée. Ce n’était pas pour mal faire, c’était sa façon à elle de s’exprimer. Elle me le répétait souvent alors j’ai fini par associer ça, dans ma vie adulte, à mes dépendances, à mes habitudes malsaines. Le diable c’était la cocaïne, la boulimie et tout ce qui faisait en sorte que je me détruisais. J’ai toujours senti qu’il fallait que je combatte une espèce de démon intérieur.

Est-ce que tu croyais à tout ça, le concept de la religion?
J’y croyais plus jeune jusqu’à ce que je commence à me poser des questions. Et ça, je n’en parle pas souvent parce que je n’ai pas beaucoup de souvenirs de mon enfance. Je pense qu’inconsciemment, j’ai voulu oublier cette période-là, ce n’était pas la plus douce. Mais je me souviens, lorsque j’avais sept ans, on allait à l’église et moi je ne voulais pas y aller. J’apportais plein d’arguments pour ne pas y aller et le dernier que je me souviens d’avoir dit à ma mère c’était : « Tu dis que Dieu est partout, alors pourquoi est-ce que je devrais aller à l’église pour le voir? ».

Elle était tellement fâchée! Elle n’était plus capable de s’obstiner avec moi alors elle m’a laissée à la maison. Elle m’a donné un chapelet et m’a dit de réciter vingt-quatre Je vous salue Marie. J’en ai fait comme cinq ou six et je suis allée regarder les bonshommes à la télé après… (rires) J’ai juste arrêté d’aller à l’église. Ma mère ne m’y emmenait plus, pas parce que c’est une mauvaise mère, au contraire, mais parce qu’elle n’était plus capable de me gérer. Donc à sept ans, il y a eu une fissure, j’étais juste indomptable. Pour ma mère, la religion c’est toute sa vie, elle était orpheline et elle a été élevée par des sœurs dans un pensionnat. Si ce n’était d’elles, elle ne serait pas ici aujourd’hui. Je sais à quel point pour elle, c’est la religion qui l’a sauvée. Tu vois, ça c’est dans les bons côtés de la religion, on met beaucoup l’accent sur le négatif, mais reste qu’elle m’a transmis beaucoup de bonnes valeurs qui viennent de la religion, des valeurs humaines.

Et aujourd’hui, avec ta mère?
Ça va tellement bien! On n’a jamais eu une aussi belle relation. C’est quand j’ai eu vingt ans que ça a commencé à aller mieux. Je prends beaucoup de ce blâme-là, je n’étais pas une enfant facile. Mais je sais pourquoi aujourd’hui. J’ai eu le temps d’y réfléchir, je suis une personne très introspective et j’ai compris pourquoi j’agissais comme ça.

Qu’est-ce que tu dirais à la Pony enfant si tu pouvais être à ses côtés avec la sagesse et l’expérience que tu as maintenant?
Pour vrai, je suis encore la même petite fille, je n’ai pas changé. Je ne gardais pas les choses en dedans, je n’ai jamais été capable de me taire devant les injustices, je ne me laissais pas battre, je me battais. Par contre, si je pouvais lui parler à cette petite fille-là, je lui donnerais juste une grosse caresse, un peu d’amour. J’étais constamment en mode confrontation, je me suis rapidement bâti une carapace qui ne me permettait pas de ressentir l’amour. Je pense que c’est juste de ça que j’aurais eu besoin, un peu de douceur.

Si tu n’étais pas passée par là, est-ce que ton art serait ce qu’il est aujourd’hui? En ferais-tu tout court?
C’est sûr que je ferais de l’art parce que ce qui m’a toujours allumée, c’est la créativité. J’ai toujours eu beaucoup d’imagination. Quand j’étais jeune, j’avais peur de beaucoup de choses! Ma plus grande peur, puisque j’étais dans un contexte religieux, c’était l’Apocalypse. Tout ce qui était biblique me terrifiait. Je me souviens d’avoir lu quelques pages de l’Apocalypse à neuf ans et pour moi c’était vraiment ça qui allait se passer. Même plus vieille, si j’entendais par exemple un son ou une mélodie qui sonnait classique et dont je n’arrivais pas à identifier la source, je pensais que c’était un des signes avant-coureurs de l’Apocalypse. (rires) Mais je ne changerais ma vie pour rien au monde, parce que ça a fait de moi qui je suis maintenant. Il me reste encore beaucoup d’années à vivre et j’ai choisi ce que j’allais en faire!

Est-ce que toute cette anxiété-là t’est nécessaire pour créer? Si tu ne te tournes pas vers ce qui a été difficile dans ta vie, est-ce que tu manques d’inspiration?
Oh my god, au contraire! Je comprends que ça existe, et je sais que c’est comme ça pour plusieurs personnes. J’étais comme ça avant aussi. C’était une de mes craintes irrationnelles, j’avais peur de n’avoir plus rien à dire si je ne vivais plus de difficultés. Je pensais à toutes les rock star déchues et tous les grands artistes, à quel point ils souffraient, parce que souvent c’est un genre de trait commun d’être torturé, et je me demandais : « Ok, est-ce que c’est vraiment ça mon moteur? » Et justement, je tiens à dire que non, tellement pas, au contraire! Je suis mille fois plus créative et imaginative depuis que je suis en santé physiquement et psychologiquement. Si j’avais su à quel point ça allait être positif pour ce que je suis capable d’accomplir, ça m’aurait peut-être influencée à être plus radicale par rapport à ma guérison. Je déteste vraiment ce mythe-là parce que ça te force à avoir peur, peur de tout.

Derrière le projet que tu as réalisé pour Dînette, on sent qu’il y a quelque chose de vraiment dark, comment fais-tu pour prendre ces idées-là et les tourner en quelque chose de complètement ludique, à la limite comique?
Je n’ai pas le choix, c’est ça ma dualité. Quand je compare l’art que je faisais quand j’étais plus jeune à celui que je fais aujourd’hui, bien que ça se ressemble beaucoup avec les couleurs poppy qui sont très importantes pour moi et l’aspect cartoon qui vient dédramatiser le propos, il y a vraiment un contraste, c’était plus dark. Mes illustrations étaient plus trash si on veut. Mais à un moment donné j’ai réalisé que mes trucs commençaient à marcher, le monde aimait ça. J’ai vraiment eu une réflexion à propos du message que j’envoyais et même de celui que je renforçais en moi. Je me suis mise à faire des choses plus cute, un peu trop cute peut-être, pendant un bout de temps – on est toujours en évolution, c’est normal – et je me limitais à cause de mes démons. Mais il y a environ deux ans, j’ai réalisé que je ne pouvais pas vraiment m’empêcher de parler de ça. Je ne me censurais plus, mais je faisais extra attention, même si je n’en avais pas vraiment envie. Mais il y a un juste milieu, et c’est tout un travail que de découvrir comment s’exprimer, et en ce moment, je focusse beaucoup plus sur le genre de message que je veux communiquer et comment envoyer un message dans le monde, toujours en valorisant l’authenticité et la vulnérabilité.

Voues-tu ton art qu’au dessin?
Si j’ai une idée dans la tête, je veux juste la sortir. Ça pourrait être sous forme de film, de chanson, de peinture, n’importe quoi. C’est pour ça que pour ce projet-ci, j’ai choisi la photo et j’adore ça. Peu importe le médium, l’important c’est le message. L’illustration, pour moi en ce moment, c’est ma zone de confort, même si ce n’est pas si confortable et naturel pour moi. Extérioriser des idées, penser à des concepts, ça c’est vraiment naturel. Et puis j’ai mon univers à moi, alors c’est reconnaissable.

Qu’est-ce qu’on voit dans le futur de Pony?
J’ouvre un espace temporaire qui, en fait, va être un test pour un espace permanent, une boutique à Montréal, un endroit où je peux faire ce que je veux, des expos, des installations d’art, des collaborations avec mes amis, ça va être fou! Il y a aussi des collaborations vraiment cool qui s’en viennent. Mais principalement, je veux évoluer en tant qu’artiste et en tant qu’être humain, en général. Ce qu’on a fait ensemble est un très bon exemple. Je sais ce que je dois faire, je dois explorer différents médiums comme la photo justement, conceptualiser des idées, réaliser un clip, faire un court-métrage peut-être! Je pense qu’il ne faut pas rester trop confortable dans un truc. Je ne veux absolument pas me limiter, je veux continuer d’explorer, de grandir, de trouver différentes façons d’exprimer les idées qui m’habitent, et éventuellement, trouver la paix intérieure. (rires)

Texte : Hélène Mallette
Photos : Julien Laperrière
Retouche : Visual Box
Mise en beauté : Léa Bégin

Dompter le roc

Nous nous étions levés avant le soleil pour rejoindre Jonathan qui voulait nous montrer son endroit préféré, un lieu secret qu’il avait découvert au cœur de la nature pour faire du « bloc » : de l’escalade sur une formation rocheuse, sans cordes ni harnais. Alors que nous marchions derrière lui dans un sillon d’herbes hautes gorgées de rosée qui s’inclinaient comme pour nous saluer, la nature se faisait de plus en plus dense. Si on nous avait dit que les éléments extérieurs ne pouvaient atteindre cette capsule naturelle secrète, nous l’aurions cru; ni la pluie, le vent ou le brouillard nous avaient suivis et même la lumière peinait à traverser le feuillage épais.

Sur fond de silence feutré commençait à se dessiner une fresque sonore au fur et à mesure que nous nous enfoncions dans l’épaisse forêt; le gargouillis continu du ruisseau s’accentuait pour accompagner le bruit des branches qui craquent et de l’humus qui amortit nos pas consciencieux de ne pas déranger la pureté qui nous entoure. Fougères, lichen et champignons colorés se multipliaient au fil de notre avancée, puis devant nous, tel un gros dinosaure doux, elle se trouvait juste là, la formation rocheuse dont Jonathan nous avait parlé – une grosse roche déposée sur deux autres, vestiges d’une culbute minéralogique datant de quelques milliers d’années. Faisant trois mètres sur cinq mètres environ, on devine la difficulté que présente l’escalade de ce bloc naturel

Mais contrairement à l’escalade, Jonathan nous explique que faire du bloc ne consiste pas à grimper d’immenses flancs de montagne, mais plutôt d’arriver à monter une petite formation plusieurs fois pour arriver à la prise finale, ou même, à la chevaucher. Et ce, sans équipement spécifique, ni cordes, ni harnais, ni casque. Juste à mains nues. Le défi se trouve dans l’ascension éprouvante qui nécessite habileté mentale, force physique et esprit d’analyse aiguisé puisqu’il faut visualiser son parcours avant de grimper.

Préparer la surface
Il y a plus de cinq ans déjà que Jonathan brosse et soigne cette paroi rocheuse, qu’il a découverte par hasard, comme si elle était sienne. Avec une brosse métallique, il la dénude amoureusement de ses débris et de l’excédent de mousse qui y pousse. Il saupoudre allégrement les fissures avec une poudre blanche, la magnésite, pour assécher la pierre et augmenter l’adhérence des prises naturelles que son œil aguerri a su discerner sur cette surface poreuse. Il en enduit ses mains.

Alors que la magnésie nous neige dessus, il nous explique les bases. Il enfile ensuite ses chaussures spéciales dans lesquelles ses orteils sont recroquevillés, compactés et surélevés de façon à faire du pied un membre entier, paré à s’accrocher. Les semelles sont plus minces et molles que celles des chaussures ordinaires, ce qui permet au pied de ressentir les variations de la surface, de percevoir les petits accrocs dont certains deviendront des prises.

L’ascension
Et il s’élance sous notre regard à la fois curieux, obnubilé et inquiet, doutant de l’efficacité du crash pad, son matelas de réception servant de filet de sécurité en cas de chute. La bête minérale se laisse apprivoiser, se laisse monter. Le lichen épais qui la recouvre lui donne l’apparence d’un gros animal vert et laineux, docile et bienveillant menant Jonathan vers son « rétablissement », terme pour définir la prise finale du parcours.

Parce qu’il semble réellement y avoir cette com- plicité entre le grimpeur et la surface; les mains de Jonathan s’immiscent dans les crevasses les plus subtiles, qui elles s’entrouvrent à lui, ap- privoisées, avec une confiance qu’il a durement gagnée. Il se suspend telle une araignée, comme si de rien n’était, comme s’il ne pesait qu’une plume. Ses muscles, qui obéissent à sa pensée, se contractent maintenant comme dans une danse calculée et tout en lenteur.

Témoins de cet effort exténuant, on arrive à voir tous ses muscles se réorganiser, révélant la topographie secrète de son corps entier. Un rappel frappant : le corps humain est une machine redoutable à laquelle on peut tout enseigner. Sa peau, ses veines, ses ligaments, son pouls qui tambourine derrière la peau de sa gorge, la sueur qui suinte et qui finit par perler dans les crevasses; tout son corps est en symbiose, chaque membre supportant l’autre.

Le souffle court et bruyant, le corps qui ne ré- pond qu’à l’instinct et à l’adrénaline, Jonathan défie maintenant la gravité, puis attaque la paroi en surplomb, les membres vers les plafonds rocheux et le dos au sol. Un moment intense qui, en se répétant, a fini par sculpter son corps avec précision, de la même manière que la paroi rocheuse dévoile ses sillons exigus. Plus rien n’a d’importance, il suffit de s’agripper, de tenir bon et d’avancer. Et lorsque ses bras ne peuvent plus tenir, il se jette par terre en position accroupie pour amortir sa chute, tombant immanquablement sur ses pieds, habile et léger comme un chat.

Et cette chorégraphie se poursuit plusieurs minutes, voire plusieurs heures, jusqu’à ce qu’un des deux ait gagné sur l’autre; l’humain ou la pierre. Avec son expérience, Jonathan, lui, aurait sans doute pu continuer toute la journée, mais nos estomacs ne demandaient pas mieux que de faire la pause pour se rassasier; c’est aussi éprouvant pour Jonathan de grimper que pour nous de le regarder se tordre et se suspendre dans tous les sens, tel un acrobate, ou même de comprendre comment il fait pour y arriver!

Nous l’avons donc mis au défi de cuisiner un couscous facile à réaliser, une recette qui se fait avec presque rien et dont tous les ingrédients s’apportent facilement dans un sac à dos. Ses doigts agiles et puissants s’agrippaient maintenant à une patate douce alors qu’il en coupait des cubes pour les faire tomber dans le chaudron; contraste marquant entre le bloc rocheux et la chair orangée qui se fendait sous la lame de son couteau.

Autour du couscous fumant qui se gorgeait de bouillon, Jonathan nous a fait l’éloge de ce sport en pleine effervescence qui le ramène à son instinct, à ses réflexes primaires. Quand il grimpe, il laisse tout derrière; il contre l’inertie, l’enlise- ment. C’est un véritable épicentre d’énergie qui secoue le corps comme l’esprit, qui lui procure un sentiment de liberté ultime, dans lequel il apprend à manœuvrer son corps, à étudier ses propres mouvements, mais surtout, qui l’immerge dans une solitude qui n’a rien de lassant.

Texte : Hélène Mallette
Photos : Mathieu Lachapelle

Rêveries – Les Jardins Floramama

Le village de Frelighsburg est un tout petit coin dans la région de Brome-Missisquoi. Comptant 1000 habitants et des poussières, le mode de vie y est au ralenti. On s’y sent bien, comme si le temps s’était arrêté, comme si on entrait dans un dôme protégé du rythme effréné de nos vies enracinées dans la culture des likes, du temps qui manque pour tout et des relations platoniques au comble de l’individualisme. À Frelighsburg on lâche prise, on dépouille notre esprit de cette lourdeur qui nous enlise et on la laisse aux portes du village – pour vivre. Tout simplement.

On sent cette béatitude chez les habitants, une espèce rare de belles âmes en quête du moment présent, qui font vivre les plus vieux bâtiments, des gens qui se connaissent tous ou presque, une communauté qui bat au rythme du même cœur, un village comme il ne s’en fait plus.

Et quand on monte la côte et qu’on s’enfonce un peu dans la verdure, on débouche sur la ferme florale Les Jardins Floramama, où Chloé Roy, fondatrice, nous attend avec une partie de sa famille. Une ferme florale, au beau milieu de ce microparadis; ben oui, ça a du sens.

Les fleurs se multiplient aux abords d’une vieille grange et s’étendent loin dans les champs. Glaïeuls, œillets d’Inde, dianthus et renoncules pavent le chemin gazonné jusqu’au bout du terrain en nous faisant faire des détours par les différentes serres qui, comme des poules couveuses, abritent d’autres espèces ainsi que des plantes potagères. Chaque variété possède son temps de gloire où, comme dans une chorégraphie calculée, elles fleurissent les unes après les autres.

Quand j’ai vu Chloé pour la première fois, elle était affairée dans la grange; sa beauté naturelle m’a happée : c’est comme si elle était ses fleurs et que ses fleurs étaient elle, un genre de symbiose ineffable qu’on ne lit que dans les histoires. Son visage était doux et bienveillant. Sa peau, lisse comme un pétale, prenait les teintes pêche et rosées des zinnias posés sur le comptoir. Ses membres délicats me faisaient penser à de belles tiges fières et fortes et même ses cheveux légèrement frisés, gage d’humidité, sans doute, imitaient les vrilles de ses plantes. Je n’aurais pas été surprise de découvrir de petites feuilles naître au creux de ses coudes.

Pas étonnant que ce soit de concert avec la nature que notre horticultrice cultive ses fleurs; aux Jardins Floramama, on mise sur une culture écologique et tous les intrants (plants, semences, produits nécessaires au bon fonctionnement de la ferme) sont certifiés biologiques. On soutient la biodiversité des espèces qui y vivent, on prend soin des sols et on entretient la culture de l’entreprise à échelle humaine; une philosophie qui enchante autant que les fleurs elles-mêmes.

Chloé crée des bouquets fermiers et arrangements floraux naturels, délicats et empreints de romantisme avec des variétés de fleurs qu’on ne trouve pas chez le fleuriste du coin. Bien que la ferme ne soit pas accessible au grand public, les fleurs, elles, font leur chemin depuis leur lit jusque dans divers marchés, et égayent d’une beauté désarmante, mariages et autres évènements.

Aussi rares que magnifiques, certaines des variétés sont également comestibles. Dans un élan de curiosité, et complètement vendus à l’idée d’intégrer ces parfums délicats dans des plats, nous avons préparé des recettes mettant en lumière le fruit des efforts de Chloé; scones à la centaurée, gelée de monarde, suçons aux fleurs séchées et crème chantilly infusée aux fleurs (de menthe et basilic), servie avec des fraises d’automne. Toutes ces douceurs enchanteresses ne pouvaient être immortalisées ailleurs qu’ici, dans ce qu’il y a de plus pur et de plus vrai.

La brunante était imminente, il fallait à tout prix capter l’essence du moment féérique, quasi surréel, que nous étions en train de vivre avant que les derniers rayons du soleil passent sous l’horizon; une lumière douce et dorée qui s’accroche aux cheveux, qui illumine les visages, qui se réfracte avec poésie à travers notre pot de gelée aux fleurs. Les criquets et les cigales qui se font la cour, les effluves floraux se mélangeant au parfum de la pelouse humide. Quel beau paradoxe : l’éternel combat entre documenter ou vivre une expérience, tout lâcher, se laisser envoûter.

Tout au long de notre exploration des lieux, j’ai été frappée par toutes les preuves tangibles de l’harmonie parfaite entre l’humain et la nature qui règnent à la ferme de Chloé : des plantes grimpantes qui s’immiscent dans la fenêtre sans carreaux de la grange aux plants d’ail qui ornent les tablettes en séchant tranquillement, des insectes qui vont et viennent à leur guise, parcourant la grange d’un bout à l’autre, jusqu’à Cala, la compagne canine de Chloé, qui nous suivait partout en posant sa patte sur notre cuisse comme pour nous quémander des caresses.

La voiture de collection qui trône au milieu des herbes comme un trophée, les pétales qui sèchent sur de grands panneaux, les bouquets suspendus, les bicyclettes des enfants posées contre le mur, la toile blanche dressée sur le mur de la grange destinée aux soirées cinéma en plein air, les bottes pleines de boue attendant patiemment qu’on les enfile; tout est en suspens, tout bouge à une vitesse incroyablement lente et apaisante.

Nous sommes repartis une fois le soleil couché, apercevant les lumières de Noël accrochées sur la petite cabane, et celles qui avaient trouvé leur chemin jusque dans le salon de la maison familiale. Elles créaient, à elles seules, une ambiance charmante, presque magique. Oh, Frelighsburg, comme tu nous enchantes!



Texte : Hélène Mallette
Photos : Nicolas Blais et Mathieu Lachapelle