All posts by Éloise Côté

Dînette X MMAQ

Nous avons visité la MMAQ – la Maison des métiers d’art de Québec, pour y suivre un cours de céramique dans lequel Véronique Martel, artiste et enseignante, nous a donné la mission de concevoir notre propre assiette tournée sur un tour de potier.

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Expérience sponsorisée | Bien que concevoir des magazines et imaginer toutes sortes de concepts pour des photoshoot demande un esprit créatif, j’ai souvent l’impression de n’effleurer que la surface de mon besoin de créer des choses, de travailler la matière et d’explorer d’autres mouvements que celui de mes doigts sur un clavier. La semaine dernière, nous avons visité la @maisondesmetiersdartdequebec , pour y suivre un cours de céramique dans lequel @veronique_martel_artiste , artiste et enseignante, nous a donné la mission de concevoir notre propre assiette tournée sur un tour de potier. C’était beaucoup plus complexe que ce que je pouvais m’imaginer, mais à mon grand émerveillement, j’ai tout de même réussi à former quelque chose qui pourrait très bien servir d’assiette! – Merci à Véronique pour sa grande patience et son sens de l’humour! – La MMAQ est une des douze écoles-ateliers en métiers d’art accréditées du Québec. On y donne des cours grand public et de formation collégiale en collaboration avec le Cégep Limoilou. La matière se présente sous trois disciplines différentes : céramique, sculpture et textile. Les cours sont enseignés par des artistes et artisans professionnels. On y trouve beaucoup de cours différents dont la sculpture sur bois, la sculpture sur pierre, le tricot-machine, la teinture, la couture, etc. Mais mon préféré est le tissage : l’atelier compte d’énormes métiers à tisser plus hauts que moi auxquels sont raccordés des centaines de fils de toutes les couleurs; c’est tellement impressionnant! J’ai adoré admirer les œuvres des étudiants, toutes spécialités confondues. J’en ressors avec une belle expérience de céramique derrière la cravate et une profonde envie de créer davantage!

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Posted by Dinette magazine on Wednesday, December 4, 2019

SEPAQ x Dînette magazine

Le réseau de plein air SEPAQ a nommé l’équipe de Dînette magazine comme ambassadeur de la marque. Cette confiance nous a permis de voyager à travers les parcs du Québec pour y découvrir des endroits à couper le souffle. Ce partenariat, de longue durée, donne une visibilité récurrente à la marque sur les différentes plateformes de Dinette (Instagram, InstaStory, Facebook).

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Il est difficile de trouver les mots justes pour décrire ce que l’on ressent lorsqu’on atteint le sommet d’une montagne. Le Pic de l’Ours, situé dans le parc national du Mont-Orford, est l’un des plus beaux points de vue du parc. On a l’impression que le paysage se déroule sous nos yeux comme un tapis d’arbres infini. Le sentiment de regarder quelque chose de précieux qui s’est mérité nous envahit, puis on respire, on se laisse glisser dans nos pensées, dans une profonde béatitude difficile à décrire. Bientôt les sentiers seront recouverts de neige et on pourra y faire du ski de fond et de la raquette; une façon de redécouvrir le paysage d’un oeil nouveau.🤍 @reseausepaq #ambassadeur #sepaq

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Dînette X Fumoirs Gosselin

Fumoirs Gosselin c’est deux frères, fils d’épicier, qui ont commencé à fumer du saumon et à le vendre dehors à l’entrée de l’épicerie familiale alors qu’ils étaient encore tout jeunes. Après l’immense succès auprès des gens du village et des environs, les frères Gosselin ont augmenté leur production et déplacé leurs activités dans le bâtiment voisin. C’est là qu’on a rencontré Samuel. Il nous a tout expliqué l’évolution des différents fumoirs que son frère et lui ont développé sur mesure pour optimiser leur processus de fumage. Le petit goût d’érable provient du processus de fumage à chaud avec le bois d’érable. @fumoirsgosselin

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Dînette X Fumoirs Gossselin

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AD | Petit matin pluvieux parfait pour aller visiter un de nos villages préférés des Cantons-de-l'Est : Frelighsburg. On est allés rencontrer Samuel Gosselin de Fumoir Gosselin pour qu'il nous montre tout le travail derrière son saumon fumé à l’érable. Fumoir Gosselin c’est deux frères, fils d'épicier, qui ont commencé à fumer du saumon et à le vendre dehors à l'entrée de l'épicerie familiale alors qu’ils étaient encore tout jeunes. Après l'immense succès auprès des gens du village et des environs, les frères Gosselin ont augmenté leur production et déplacé leurs activités dans le batiment voisin. C'est là qu'on a rencontré Samuel. Il nous a tout expliqué l'évolution des différents fumoirs que son frère et lui ont développé sur mesure pour optimiser leur processus de fumage. Le petit goût d'érable provient du processus de fumage à chaud avec le bois d'érable. Leur fameux saumon fumé à l'érable est disponible dans les épiceries! Demandez-le chez IGA et Métro. @fumoirsgosselin

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Posted by Dinette magazine on Saturday, October 26, 2019

 

Dînette x Beau’s & David’s tea

L’endroit tout indiqué pour apporter la nouvelle bière London Fog signée @beausallnatural une création riche et dorée préparée avec le thé Crème d’Earl Grey biologique de @davidstea La brume était assurément au rendez-vous; le meilleur moment pour explorer, en toute tranquillité, la nature enveloppée dans son manteau vaporeux. #davidstea #ad

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Dînette x Beau’s & David’s tea

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AD | On a la chance d’habiter derrière une montagne qui s’embrume pratiquement tous les matins d’automne et c’est un de…

Posted by Dinette magazine on Thursday, September 19, 2019

 

Chou-fleur, pois chiches rôtis, menthe, courge

RENDEMENT 4 portions

Préchauffer le four à 200 °C (400 °F).

1 . Étaler les pois chiches sur une plaque et bien les assécher à l’aide d’un linge propre. Transférer dans un bol et arroser d’un trait d’huile d’olive. Ajouter le paprika, assaisonner et remettre sur la plaque. Enfourner 35 à 45 minutes en remuant de temps en temps. Les pois chiches devraient être rôtis et croustillants.
2 . Couper le chou-fleur en tranches épaisses et déposer sur une plaque tapissée d’un papier parchemin. Badigeonner d’huile d’olive, assaisonner généreusement, puis enfourner environ 30 minutes en retournant à mi-cuisson, jusqu’à ce que le chou-fleur soit tendre et rôti.
3 . Préparer la vinaigrette en fouettant tous les ingrédients. Assaisonner et réserver.
4 . Dresser le chou-fleur dans une grande assiette, puis ajouter les pois chiches, la courge et la menthe. Arroser de vinaigrette et saupoudrer de fleur de sel.

INGRÉDIENTS
250 ml (1 tasse) de pois chiches en conserve rincés
et bien égouttés
Huile d’olive
5 ml (1 c. à thé) de paprika fumé
1 petit chou-fleur
375 ml (1 ½ tasse) de courge au choix en fines lamelles
à la mandoline
65 ml (¼ de tasse) de feuilles de menthe fraîche
Fleur de sel
Sel et poivre du moulin

Vinaigrette
45 ml (3 c. à soupe) de jus de lime
10 ml (2 c. à thé) de vinaigre de vin rouge
15 ml (1 c. à soupe) de zaatar
5 ml (1 c. à thé) de nigelle
30 ml (2 c. à soupe) de tahini
1 gousse d’ail hachée
10 ml (2 c. à thé) d’huile de sésame grillé
65 ml (¼ de tasse) d’huile d’olive

Il était une fois

Après une heure de route, nous voilà enfin extirpés des tentacules du monde urbain. La nature a remplacé les alignements d’immeubles haussmanniens; l’air pur et frais, celui de l’odeur des pots d’échappement. Bienvenue à Choisel.

À peine avons-nous posé le pied hors de la camionnette, notre carrosse des temps modernes, que le froid nous dévore. Le vent enfle et nous repousse par bourrasques. Au loin, les branches des arbres et les feuilles bruissent. Face à nous, une immense bâtisse se dresse et accroche le regard : toiture métallique, murets de pierre, briques à la couleur contrastante sur le pourtour des portes et des fenêtres. Le château de Breteuil hypnotise par sa superbe. Il semble suspendu dans le temps. À sa vue, c’est comme si d’un seul coup, nous avions été projetés dans une autre dimension, une autre réalité.

À l’intérieur, la belle histoire continue. Histoires de princes et de princesses, labyrinthe, parc et dédale de jardins remarquables, nature exquise, saynètes de la vie du XVIIIe siècle, cabinet de porcelaines; il y a comme de la magie par ici. Peu surprenant, dès lors, que le château se soit fait muse dans le passé, inspirant à Charles Perrault l’écriture de certains de ses plus grands contes : Le Chat botté, La Belle au bois dormant ou encore Peau d’âne. Ces fables lointaines auréolent d’ailleurs les lieux de leur empreinte.

C’est du côté du labyrinthe que débute notre journée. À l’instar de nombreuses histoires féériques, arpenter ce dédale végétal prend des allures de rite initiatique. On se trompe, on se perd, on rebrousse chemin, on rit, on est ensemble. On emplit ce lieu endormi et transi par le froid de notre signature. Dans les allées du jardin, la nature, elle, semble fin prête à être extirpée de son long sommeil. Les herbes de la pampa paraissent se languir des chauds et réconfortants rayons du soleil tandis que cèdres et châtaigniers semblent se désespérer d’offrir aux promeneurs un refuge ombragé.

Au milieu de ce tableau champêtre, la jonquille est la seule à ne souffrir d’aucune forme d’anticipation. Elle est là, bien là. Symbole du printemps et du renouveau, présente en masse autour du château, elle remplit déjà sa mission. De sa couleur jaune éclatant, elle tranche avec l’âpreté de la nature. Une nature brumeuse et morose. Mais la nature, aussi brute soit-elle, a le don de révéler les personnalités et ce qui germe au plus profond de tout être. La pluie qui tombe de manière éparse transcende la végétation qui exhale alors ses plus beaux arômes. Ça sent la terre et l’herbe mouillée.

Les sens en émoi, nous poursuivons notre route vers les cuisines. L’heure de la pitance a sonné. Dans cette dépendance à la façade gracieusement recouverte de branchages, le lien qui nous unit au monde contemporain a disparu : entre les murs, le confort électronique n’est plus. Alors, sous fond de résilience moderne, notre esprit, habitué au virtuel et à l’instantanéité, va renouer avec la lenteur. Nostalgie. Notre seule option est de prendre notre temps. Ici, les discussions de vive voix ont remplacé les échanges par écran interposé; le feu qui brûle dans la cheminée, le chauffage traditionnel.

Sur la table, les ingrédients sont frais. Lentilles, courge, pois chiches, olives, pain. Nous sommes parfaitement à l’aise dans nos rôles de marmitons. Notre tablée. La recette est simple : une pincée de dextérité, une louche de créativité, une bonne dose d’entraide, puis, à table! La vue de la salade de lentilles et de courge musquée fait saliver. Les papilles explosent au contact de ce plat gourmand et réconfortant. Les premières bouchées ne ressemblent à aucune autre et pourtant les suivantes n’en sont pas moins remarquables. Le caviar d’aubergines et le houmous, aussi bien dans l’assiette que dans la bouche, restent dans le prolongement de cette tempête gustative. Une tempête qui arrive à point nommé.

Avons-nous passé cinq minutes, une heure, deux heures à nous restaurer? Mystère. Car le temps est toujours en suspens. Et comme s’il ne suffisait pas de prendre le temps de prendre le temps, nous nous attelons ensuite à la confection de bocaux de légumes. Mais comme le temps n’a plus d’emprise sur nous au château, nous décidons de faire résister nos légumes à l’épreuve du calendrier en les conservant dans une saumure.

Il y a quelque chose d’apaisant à couper nos légumes et esthétiser nos pots Mason. Carottes violettes et sanguines, oignons nouveaux, radis. Nos légumes ont des couleurs insolemment appétissantes. À dire vrai, il y a vraiment quelque chose de presque régressif à être assis là, autour d’une table en bois, au coin d’un feu qui crépite, à parler de tout et de rien. Dans nos touts et nos riens on évoque alors le froid qui s’infiltre dans la pièce et jusque dans nos chairs; on évoque des souvenirs plus ou moins lointains et on partage des aspirations. Mais surtout, on chérit la promesse de jours plus cléments qui se dessine.

Pour autant, une fois bien ancrés dans l’instant présent, on se délecte du décor. L’escalier en bois qui craque au gré de nos pas, le feu qui danse dans la cheminée, les murs grisés au relief sculpté d’irrégularités.

Ah, et puis dehors, la serre. La serre dans sa globalité. La serre qui, avec ses baies vitrées et son amas de plantes en tout genre à l’intérieur, porte en elle l’espoir d’une saison meilleure. Sa chaleur providentielle fait battre nos pouls d’une nouvelle énergie. Et comme pour en attester, le soleil choisit ce moment pour s’autoriser quelques percées à travers le ciel brumeux. L’hiver s’évapore. La fin d’une saison et d’une époque, et l’écriture d’une nouvelle. Bonne nouvelle cette fois, le printemps est bel et bien là.



Texte : Aurélia Abisur
Photos : Mathieu Lachapelle

Pâte à pizza maison

RENDEMENT 2 pizzas à croûte mince de 30 cm (12 po)

1. Mélanger la levure, le sucre et l’eau. Laisser reposer 15 minutes, jusqu’à ce qu’une mousse épaisse se forme sur le dessus.
2 . Mélanger la farine et le sel dans un grand bol. Verser le mélange de levure et l’huile, remuer jusqu’à ce que la pâte forme une boule. Transférer sur une surface propre, légèrement farinée et pétrir la pâte 5 à 7 minutes, jusqu’à ce que la pâte soit lisse et élastique.
3 . Déposer dans un bol légèrement huilé, couvrir d’une pellicule plastique. Laisser gonfler 45 minutes dans un endroit tiède ou dans le four éteint, la lumière allumée. La pâte devrait doubler de volume.
4 . Couper la pâte en deux et utiliser immédiatement ou réfrigérer ou congeler. La pâte se conserve 2 jours au réfrigérateur.

INGRÉDIENTS
10 ml (2 c. à thé ou 1 sachet de 8 g) de levure sèche
10 ml (2 c. à thé) de sucre
250 ml (1 tasse) d’eau tiède
625 ml (2 ½ tasses) de farine tout usage
5 ml (1 c. à thé) de sel
30 ml (2 c. à soupe) d’huile d’olive

Pizza à l’aubergine rôtie, mozzarella fraîche, citron, prosciutto et petits pois

RENDEMENT 1 pizza de 30 cm (12 po)

Préchauffer le four à 230 °C (450 °F) et placer une pierre à pizza ou une plaque antiadhésive sur la grille du centre.

1. Mélanger l’ail, la harissa, la moutarde et l’huile d’olive et badigeonner les aubergines de ce mélange, assaisonner et réserver.
2. Déposer la pâte sur une surface propre légèrement farinée. À l’aide des mains ou d’un rouleau à pâtisserie, abaisser la pâte afin d’obtenir un disque de 30 cm (12 po). Déposer sur un papier parchemin préalablement posé sur le dos d’une plaque. (Cela permettra de glisser facilement la pizza sur la pierre dans le four.)
3. Répartir les aubergines sur la pâte en une seule couche. Glisser délicatement la pizza sur la pierre et enfourner 10 à 15 minutes ou jusqu’à ce que la pâte soit cuite, dorée et croustillante.
4. Dès la sortie du four, garnir de petits pois, prosciutto, asperges, mozzarella, oignon et menthe. Arroser du jus des quartiers de citron, saupoudrer de zestes et de fleur de sel. Poivrer généreusement et servir aussitôt.

INGRÉDIENTS
1 gousse d’ail hachée
5 ml (1 c. à thé) de harissa
15 ml (1 c. à soupe) de moutarde de Dijon
45 ml (3 c. à soupe) d’huile d’olive et un peu pour la finition
½ aubergine moyenne en fines tranches (à la mandoline)
½ recette de pâte à pizza (voir recette page 90)
45 ml (3 c. à soupe) de petits pois surgelés ou frais,
préalablement cuits
4 fines tranches de prosciutto
4 asperges en rubans (à l’économe ou à la mandoline)
1 boule de mozzarella fraîche déchirée grossièrement
Quelques fines rondelles d’oignon rouge
2 branches de menthe effeuillées
3 quartiers de citron
Zestes d’un demi-citron
Fleur de sel
Sel et poivre du moulin

L’île sans couleurs

D’une culture à l’autre, les mœurs traversent les époques et subsistent de siècle en siècle par l’oral, l’écrit, l’art, la religion, etc. Mais qu’en est-il de la génétique? Peut-elle définir l’identité d’un peuple et perpétuer certaines de ses caractéristiques au-delà de la similitude des traits physiques? Dans de rares cas, et dans des circonstances exceptionnellement singulières, la génétique, comme mue par une volonté surnaturelle, arrive à tronquer le cours de l’hérédité et à en redessiner une branche qui traversera le temps, telle une vieille légende.

C’est tout particulièrement ce qui s’est produit en Micronésie à la fin du 18e siècle, lorsqu’un typhon cataclysmique est venu réécrire le cours de l’histoire du minuscule atoll de Pingelap, situé au nord-est du Pacifique.

Seulement 20 personnes ont survécu à ce désastre naturel, dont le roi de l’atoll, Mwahuele. Ce dernier a conçu beaucoup d’enfants avec différentes femmes de la communauté, et, avec le temps, de plus en plus d’habitants de l’île se sont mis à manifester des problèmes de vision. C’est que le roi portait en lui une maladie, un rare codage génétique provoquant un daltonisme complet : l’achromatopsie. Tel un souvenir familial qu’on lègue au fil des générations, cette maladie héréditaire a gravi les siècles et afflige aujourd’hui un impressionnant pourcentage des habitants de l’île. La plupart d’entre eux présentent une acuité visuelle réduite, une hypersensibilité à la lumière les contraignant à cligner des yeux continuellement ou à garder les yeux fermés en plein jour, ainsi qu’une incapacité totale à discerner les couleurs.

Sanne De Wilde, une photographe belge, s’intéresse particulièrement aux rares cas génétiques contribuant à définir l’identité de différents peuples dans le monde. Dans son ouvrage intitulé The Island of the Colorblind, elle s’est penchée sur cette communauté insulaire qui perçoit la vie en noir et blanc. L’idée de se placer derrière le regard des Pingelapiens a vite supplanté son envie de simplement documenter le phénomène; elle voulait voir le monde à travers les yeux de ces achromates. Armée d’un appareil photo converti aux rayons infra rouge (le rouge étant la couleur la plus facile à percevoir par les habitants de l’île), elle a redéfini sa propre vision de la couleur pour comprendre l’univers des habitants. Ainsi, la végétation prenait des teintes de pêche et de rose pastel alors que des bleus, violets et rouges s’immisçaient dans les fresques les plus inusitées.

Dans un second temps, Sanne De Wilde a fait une série de photos en noir et blanc, toujours à Pingelap, la replongeant dans ses premières expériences photographiques, du temps où elle travaillait en argentique et développait ses clichés dans une chambre noire. À son retour, elle a demandé à des achromates néerlandais de peindre directement sur ses photos pour y ajouter des couleurs. Ces derniers, n’arrivant pas non plus à discerner les pigments, ont relaté l’impression de peindre à l’aveugle, en ajoutant du gris sur du gris. Cette expérience les a confrontés à leur propre passé et les a ramenés au moment où, enfants, ils ont réalisé qu’ils voyaient le monde différemment de leurs camarades. Les œuvres réalisées par ces achromates sont fort intéressantes et font naître incontestablement des interrogations sur notre propre perception des couleurs : percevons-nous tous les couleurs de la même façon? Le bleu, pour moi, n’est peut-être pas la même couleur pour vous…


Par la suite, Sanne De Wilde a mis sur pied une installation artistique dans laquelle elle invitait des visiteurs à s’immerger dans l’univers des achromates pingelapiens. L’installation consistait en une petite pièce dans laquelle les sujets s’installaient à une table pour peindre sur différentes photos de Pingelap prises par Sanne : des paysages, des habitants, des scènes du quotidien.

Dans cette pièce, l’éclairage variait du rouge au bleu, au vert, suivi d’épisodes stroboscopiques, puis de noirceur totale simulant le clignement des yeux rapide et constant des Pingelapiens. Dans cet éclairage coloré, il était impossible de différencier les pigments de la peinture, ce qui sortait inévitablement les gens de leur zone de confort. Munis d’un casque d’écoute, ils étaient accompagnés d’un narrateur les guidant dans leur expérience. Tour à tour, ils se sont mis à peindre avec innocence, ne se souciant plus des conventions, ne faisant plus attention d’utiliser les « bonnes » couleurs.



Dans la promesse d’une œuvre éblouissante, ils se sont abandonnés à leurs pinceaux, se laissant bercer par la voix du narrateur qui les avait paisiblement plongés dans l’univers de Pingelap :

Comment colorierais-tu le monde si tu pouvais le repeindre dans ton esprit? Que vois-tu?

Vois-tu les couleurs?

Vois-tu les vraies couleurs?

As-tu envie de cligner des yeux?

La lumière est-elle trop vive? Peux-tu voir dans le noir?

Ferme tes yeux.

Que vois-tu?

Te souviens-tu du vert des feuilles de palmier?

Peux-tu imaginer le bleu de l’océan?

La couleur de la rivière?

Des fleurs?

D’un visage? Des mains?

Ouvre tes yeux.



Texte : Hélène Mallette
Photos : Sanne De Wilde

Les sorciers de Cap-d’Espoir

Dès qu’on aperçoit la distillerie de la route 132, on est tout de suite saisi par le mystère qui émane des lieux… À l’entrée du terrain, une pancarte avec un logo énigmatique et un chemin de fer… Derrière l’église, des pierres tombales, des arbres et des herbes sauvages.

J’aime les gens qui ont le courage de leurs idées.

Mathieu Fleury, Amélie-Kim Boulianne, Michaël Côté et Geneviève Blais sont de ces audacieux qui prennent des risques au nom de la passion, pour s’inventer une vie à leur goût. Le quatuor a fondé une distillerie à Cap-d’Espoir en Gaspésie, face à la mer, dans une église anglicane abandonnée depuis une dizaine d’années.

En entrant dans la cour, j’ai eu l’impression d’être dans un film, de faire partie d’un cercle exclusif comme dans La Société des poètes disparus. La Société secrète. Le nom ne pouvait être mieux choisi.

Amélie-Kim raconte que c’est le nom qui les a choisis : « C’est long partir une distillerie. Il y a beaucoup de paperasse à remplir. Au début, on gardait le projet secret. On voulait créer un produit avant d’en parler. Quand on remplissait des formulaires, à côté de société on écrivait secrète et on trouvait ça drôle. À un moment donné j’ai dit : je pense que je trouve ça beau La Société secrète. Notre branding a vu le jour comme ça. Ça s’est fait naturellement. C’était mystérieux au début et ce le sera tout le temps! »

En ouvrant les majestueuses portes en bois de l’église, notre regard se pose immédiatement sur le superbe alambic de cuivre qui se tient devant des vitraux, au fond de l’édifice, là où il y avait autrefois l’autel. Le spirituel a fait place au spiritueux. Les chants religieux ont été remplacés par les Dead Obies, The Velvet Underground ou les grands classiques de la musique française. Il reste quelques témoins de ce lieu de culte, dont les vitraux et de jolis bancs. Il y a un espace de création qui fait laboratoire de sorcier, avec du matériel, des aromates, des bouteilles de toutes sortes et des illustrations qui ont l’air d’être tirées d’un grimoire.

Fonder une distillerie dans une ancienne église est un peu fou, ou du moins ardu, mais comme Mathieu est architecte, le risque était calculé, dit Michaël : « Retaper une église de 1875 abandonnée, c’était rassurant de le faire avec Mathieu. On a investi beaucoup, juste pour garder le cachet. »

À l’intérieur, les murs sont en bois et de couleur chocolat. De grandes fenêtres offrent une vue sur le golfe du Saint-Laurent. « On est tous des gens qui aiment le beau et le bon. De s’entourer de beauté, ça nous aide à avoir des idées, à être créatifs. La Régie des alcools exigeait que nous mettions du plastique blanc sur les murs. Pour nous, c’était hors de question! », raconte Amélie-Kim. Mathieu a donc fait des recherches et il a trouvé un enduit d’époxy transparent approuvé par le gouvernement. L’intérieur de l’église a donc pu être préservé. Il a fallu aussi solidifier le bâtiment, améliorer son isolation, refaire la toiture, changer le plancher. Il reste encore beaucoup de travaux à faire, mais le bâtiment est maintenant solide et là pour rester.

LES HERBES FOLLES
Le premier produit de La Société secrète a été le gin Les Herbes folles. C’est l’un des rares gins québécois à être produit du grain à la bouteille. Amélie-Kim : « On voulait faire un gin de A à Z, ou rien. » La base du produit est faite d’orge et de blé malté québécois brassés et fermentés sur place. Le moût est distillé deux fois dans l’alambic pour créer un alcool moelleux et pur. Cette base d’alcool est ensuite distillée à nouveau avec une dizaine d’aromates cueillis à la main en Gaspésie. Puis, le gin est affiné en barrique de chêne avant d’être mis en bouteille. Ce minutieux procédé de fabrication permet de mieux contrôler le goût du produit. « Ça donne un alcool qu’on juge plus fin, plus délicat », affirme Michaël.

Les Herbes folles est un gin qui rend hommage aux plantes sauvages qui se trouvent autour de la distillerie. Le paysage gaspésien est la muse du quatuor. Amélie-Kim : « C’est une ode aux mauvaises herbes, ces mal-aimées qui sont des merveilles à nos yeux. On voulait leur redonner de la noblesse. »

La Société secrète a des jardins expérimentaux d’absinthe et de quelques plantes qu’elle aimerait éventuellement cultiver elle-même. Pour le moment, les plantes utilisées par la distillerie sont principalement cueillies par l’entreprise Gaspésie sauvage de Douglastown, dans le plus grand respect de la nature. Le quatuor rêve aussi d’avoir des ruches et de produire son propre miel.

Les sorciers bien-aimés travaillent à la création d’une grappa québécoise, d’une absinthe et d’un Acerum. L’Acerum est une nouvelle eau-de-vie d’érable d’origine québécoise. Il a été imaginé récemment par des distillateurs québécois. Il est obtenu par la distillation d’alcool issu de la fermentation de la sève d’érable.

La Société secrète produit aussi un esprit de grain (comme un whisky blanc, mais affiné plus long-temps) et vient de terminer un petit lot d’amaro, une liqueur à base d’alcool neutre dans laquelle on fait macérer des ingrédients amers comme des plantes, des herbes et des écorces d’oranges. « Amaro » signifie amer en italien. Michaël : « Il y a dans notre amaro du bon miel québécois, des plantes du jardin, de l’absinthe, le marc de raisin de Pinard et filles. On est pas mal fiers de ce produit qui va éventuellement sortir en très petite quantité pour quelques personnes chanceuses. »

Amélie-Kim, Michaël, Mathieu et Geneviève sont avant tout des artisans. Ils souhaitent pouvoir créer et vendre des petits lots, faire des expériences, créer en s’inspirant du paysage et des saisons, s’amuser à déconstruire des recettes anciennes pour découvrir de nouveaux goûts et offrir des produits uniques.

Percé et ses environs ont quelque chose de magique. Plusieurs résidents de ce petit coin de la Gaspésie s’accordent le droit de prendre leur temps, de s’inventer un métier passionnant qui respecte leurs valeurs et le territoire. Il y a aussi une touchante solidarité entre les gens. Je lève un verre de gin à ça!

Texte : Mélanie Gagné
Photos : Marie-Eve Campbell